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Réponse à Maurice Ndjond’a Ngele A propos du sous-bassement historique dans Le Destin d’Esisi, fiction romanesque de TEDANGA Ipota Bembela publiée chez L’Harmattan en 2009 PDF Imprimer E-mail
Écrit par Sylvain BALONGA BE BOKFA   
Dimanche, 21 Février 2010 00:00

Maurice Ndjond’a Ngele a publié sur le site internet Togocity.com une réflexion intitulée « Le sous-bassement historique dans Le Destin d’Esisi, fiction romanesque de TEDANGA Ipota Bembela ». Nous nous proposons, dans les lignes qui suivent, de lui répondre et de spécifier en quoi nous sommes en désaccord avec lui.

En effet, la question que les lecteurs se posent est celle de savoir si le texte en question est une fiction ou si elle ne l’est pas.  La réponse à cette question est claire et nette : il s’agit bien d’une fiction  romanesque comme l’auteur l’a bien dit. Mais en lisant le commentaire de Maurice Ndjond’a Ngele, il nous semble que la fiction est en passe de devenir une réalité et surtout une réalité historique, ce qui est inadmissible d’un point de vue scientifique.

 

L’intrigue du roman se réalise dans un espace géographique bien déterminé. Il retrace un passé lointain imaginaire des Ndengese tout en faisant un clin d’œil à leurs voisins. Le texte souligne les valeurs culturelles des Ndengese au travers des personnages imaginés par l’auteur. En dehors de l’espace et des valeurs culturelles, les faits évoqués et les personnages ainsi que les histoires relatées sont totalement le fruit de l’imagination de l’auteur qui, dans son génie créateur et avec la facilité de son verbe, a su rendre une certaine vivacité à son roman. C’est peut être cette vivacité qui fait croire à certains lecteurs que les récits développés sont des vérités historiques.

Comme tous les peuples de la forêt, les Ndengese n’ont jamais eu une organisation politique centralisée et structurée. Le royaume Ndengese n’a jamais existé. Le pouvoir était clanique et personne ne l’exerçait en dehors de son clan. Les groupements actuels, bien que reflétant la réalité de nos différences, ils sont le fruit des enquêtes menées par les colonialistes, qui, en ayant le souci d’asseoir, une organisation structurée pour les besoins de l’administration seront amenés à désigner à la tête des groupements des responsables parmi les personnes influentes, propriétaires terriens. C’est à partir de ces groupements que sortira la création de la chefferie, œuvre coloniale par excellence.

C’est dire que le pouvoir coutumier à Dekese n’a pas été exercé antérieurement par un quelconque dignitaire qui aurait été floué au profit du tenant du pouvoir actuel. L’exercice du pouvoir coutumier organisé commence avec la colonisation. Avant cette dernière, chacun vivait chez soi et personne n’avait une quelconque autorité sur l’autre. Cela est d’autant plus vrai que personne ne peut circonscrire dans le temps et dans l’espace la période de l’organisation d’un pouvoir centralisé chez les Ndengese avant l’arrivée du colonisateur.

 La thèse selon laquelle Etoci était le Roi ou le tenant du pouvoir coutumier d’avant l’organisation actuelle ne résiste pas à la critique historique. L’avènement d’Etoci est antérieur à la création de l’entité Ndengese comme peuple structuré. L’institution d’Etoci est une secte et ne concerne que les Ndengese et les Ikolombe de souche ndengese. Ils se recrutent parmi les nantis  appelés communément NTEPEDJI. Ne pouvaient devenir Etoci que les personnes libres et fortunées. Chaque famille, clan et village pouvaient avoir autant d’etoci qu’ils veulent. Même un enfant pouvait le devenir pourvu qu’il soit un homme libre et que sa famille dispose des moyens nécessaires exigés par la secte. La propagation dans le milieu ndengese avait pour but d’une part la démonstration de s’afficher comme homme libre et plus encore l’étalage de certaines richesses.

Avant la création de la chefferie, les Ndengese ne devaient pas remettre de présent à ETOCI. En instituant la confrérie des notables du village, la chefferie d’origine coloniale a rendu obligatoire la remise aux Etoci de la poitrine du sanglier autrefois offert au seul Grand chef coutumier. Ce présent est le seul offert aux Etoci dans tous nos villages. Et le partage se fait en parts égales entre tous les notables Toci.

Ce que nous disons sur les Ndengese vaut pour les IKOLOMBE et les ISOLU. Les trois composantes de la chefferie des Ndengese sont un seul et même peuple. La différence perceptible se situe dans la manière d’articuler certains mots. Ceux-ci peuvent en effet se prononcer différemment tout en ayant une même signification. Les Ikolombe et les Isolu  avaient aussi leurs dignitaires. Alors que chez les Ndengese tout homme libre et nanti pouvait devenir etoci en payant certaines libéralités aux anciens, chez les Ikolombe et les Isolu par contre, le dignitaire provenait d’une famille détentrice, issue d’un village déterminé. Comme le pouvoir chez les Ikolombe et les Isolu n’était pas non plus centralisé, ils seront tous incorporés dans la chefferie où ils vivent en harmonie avec leurs frères Ndengese.

Ikongambongo, propriétaire terrien des IKONKOLO, est bien entendu à différencier du protagoniste Ikongambongo imaginé par l’auteur du roman.  Cet Ikongambongo historique auquel Ndjond’a Ngele et certaines autres personnes attribuent à tors la légitimité du pouvoir coutumier chez les Ndengese par le fait qu’il était issu de la lignée du premier Etoci n’a jamais régné sur les Ndengese pas plus que l’ancêtre créateur de la secte etoci. Pour preuve, n’ayant aucune connaissance de l’exercice du pouvoir, il était étonné et surpris que l’homme blanc accompagné des propriétaires terriens (les groupements) vienne vers lui pour chercher à l’introniser comme chef de tous les Ndengese. L’erreur de l’histoire a été évitée de justesse, laissant libre cours aux colonialistes d’instituer une chefferie en plaçant à sa tête, un des propriétaires terriens (NGELENDJALE) ayant eu la chance d’accueillir le premier homme blanc qui a foulé le sol de Dekese. Il s’agit d’IKONGANSAMO NKISI, porteur de la médaille de son grand frère ITUKU BOSONGO, fils d’IKONGASAMO et fondateur du village Bosango. Benjamin de sa famille, il fut un homme entreprenant avec un esprit ouvert et prêt à travailler durement avec le colonisateur pour ouvrir son peuple à la civilisation occidentale.

Si l’imaginaire de Tedanga peut devenir une réalité, il ya lieu de croire que l’homme qui a ouvert son peuple à la civilisation occidentale peut être comparé à  personnage ESISI dont l’auteur parle. Ikongansamo a su lire et écrire sans avoir fréquenté l’école. Cela constitue un signe de grande ouverture de la part d’un indigène appelé à collaborer avec l’homme blanc.

Quand à la révolte Ndengese des années 1932, elle n’a pas été provoquée pour réclamer le pouvoir coutumier soit disant confisqué ou arraché à une famille quelconque. Elle était une revendication sociale d’un peuple contre les affres de la colonisation. Une réaction aux impositions sur l’augmentation de la quantité de caoutchouc naturel, les travaux forcés des routes, la chicotte et bien d’autres exigences imposées par les colonialistes.

Toutes ces vérités sont indéniables et doivent être considérées comme les socles de la véritable histoire du peuple de Dekese. Le texte de TEDANGA est une fiction, une histoire imaginée. Les personnages du roman sont créés par l’auteur, les propos sont de l’auteur lui-même. Le grand mérite de ce texte est d’avoir magnifié nos valeurs culturelles.

Ikongansamo Nkisi a eu le mérite d’être pionnier, ce grand homme de notre histoire récente, qui a ouvert son peuple à la civilisation occidental au prix de multiples sacrifices  mérite nos égards et une certaine reconnaissance de la part des bénéficiaires actuels.

Les Ndengese, les Ikolombe et les Isolu vivent en paix dans leur chefferie et ont en commun, comme souci primordial le développement du territoire de Dekese, ce dont ils nous demandent d’œuvrer comme un seul homme à l’image de ce que font les fourmis pour bâtir leur univers.
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