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Kinois, Lushois, Bomatraciens… Comment s’appellent les habitants de … en français ou la problématique des ethniques en R.D. du Congo PDF Imprimer E-mail
Écrit par Dr TEDANGA Ipota Bembela   
Vendredi, 04 Septembre 2009 00:00

1.      Compréhension du terme


Les habitants de Kinshasa, du Congo, de Montréal, du Burkina Faso … sont appelés en français et respectivement Kinois, Congolais, Montréalais, Burkinabe … Ces vocables (Kinois, Congolais, Montréalais, Burkinabe …) sont désignés en français par le terme technique de « ethnique(s) » ou « gentilé(s) » (cf. A. DAUZAT). Attesté pour la première fois dans cette acception en 1752 dans le Dictionnaire de Trévoux, « ethnique », qui signifiait au 16ème siècle « peuple », « païen », a comme étymon le latin ecclésiastique « ethnicus », lui-même remontant au grec « ethnicos » (de « ethnos »).

Les auteurs consultés [J. Dubois (1) et (2), A. Dauzat (3), E. Thévenot (4) et Kr. Nyrop] donnent de ce terme « ethnique » une définition tantôt limitée, tantôt étendue. On le comprendra ici comme un dérivé de nom de pays, de région ou de localité (agglomération de tout ordre) et indiquant l’appartenance (à ce pays, à cette région ou à cette localité) par l’origine, la naissance et la localisation ou bien indiquant la possession de certaines qualités reconnues à leurs habitants respectifs. Voici d’autres exemples :

 

                         Dérivés de noms de pays

Belgique                                               Belge

Madagascar                                         Malgache

Colombie                                             Colombien(ne)

Afrique du Sud                         Sud-Africain(e)

Togo                                                    Togolais(e)

 

Dérivés de noms de régions

Limbourg                                             Limbourgeois(e)

Kasaï Occidental                               Ouest-Kasaïen(ne)

Picardie                                               Picard

Catalogne                                            Catalan(e)

 

Dérivés de noms de localités

Itunga                                                  Itungargeois(e)

Boma                                                   Bomatracien(ne)

Charleroi                                              Carolorégien(ne)

Pointe Noire                                        Pontenegrin(ne)

 

2.      Objectifs et motivation du sujet

 

Ce travail a pour objectifs l’inventaire, l’uniformisation et la fixation des noms des habitants en langue française et en R.D. du Congo, ce par le biais d’une étude systématique. On va cerner la formation en français, par le mode de suffixation, des noms des habitants (ou ethniques) à partir des toponymes (noms de lieux) congolais. En d’autres termes, on étudiera les éventuelles corrélations entre la morphologie d’un toponyme et les suffixes pouvant s’agglutiner avec lui en vue de la création d’un dérivé ethnique. Beaucoup d’études ont été réalisées sur la dérivation suffixale, mais sur la foi de la bibliographie compulsée, peu d’entre elles semblent s’être penchées sur les rapports spécifiques entre la morphologie du mot de base et le suffixe pouvant s’agglutiner avec lui (ledit mot de base) pour former un dérivé, à part deux articles, ceux d’E. Pichon (6) et de G. Goughenheim (7), auxquels nous n’avons pas eu accès et qui sont du reste d’une portée générale. Ce travail restreint l’horizon en se centrant sur les rapports entre le mot de base et le suffixe, spécialement entre le toponyme congolais et le suffixe français.  

 

Selon J. Dubois, «il existe … un lien entre la suffixation et la forme du mot de base»  dans le  « micro-lexique » des ethniques. Autrement dit, la morphologie du mot de base jouerait un rôle dans le processus de suffixation. Il y aurait un lien entre la terminaison d’un toponyme et le suffixe nécessaire à la formation d’un dérivé ethnique. C’est cela la question. En ces temps de grand souffle de la francophonie sous l’impulsion de la France et de ses alliés satellites, recenser les ethniques au Congo (le plus grand pays francophone du monde, selon la formule néocoloniale chère au feu président Mobutu), en proposer là où ils n’existaient pas, c’est techniquement venir au secours de la toujours langue officielle de la R.D. du Congo et de nombreux autres Etats negro-africains à des niveaux divers, notamment par la contribution à l’enrichissement de son lexique. Vu sous l’aspect utilitaire, l’ethnique Malien par exemple, par sa brièveté et sa précision, offre plus de commodité que la tournure périphrastique «Les gens ou les habitants du Mali» sémantiquement équivalente. On y reviendra.

 

3.      Genèse d’une recherche


Conduite il y a quelques années à Lubumbashi, en R.D. du Congo, cette recherche a une origine quelque peu anecdotique. ?tfúnga est le nom d’une localité kasaïenne, plus précisément du territoire de Dekese, et de laquelle l’auteur du texte est originaire. Orthographié ainsi conformément au prescrit de l’alphabet africa, ce nom ( ?tfúnga) était noté, dans l’orthographe coloniale et missionnaire, Itunga et réalisé [itúnga], ce à cause de deux écueils articulatoires personnalisés par [?] et [tf]. [?] est un son noté ici par le graphème ? et que l’on décrit comme une occlusive glottale (généralement inaudible et portant un « ton ») tandis que [tf] est une articulation consonantique à complexité multiple identifiée dans le bondengese, langue bantu de la R.D. du Congo classée zone C 81 par Malcolm Guthrie.

  

S’étant fait une raison, les habitants d’Itunga (District du Kasaï, Territoire de Dekese, R.D. du Congo) avaient, depuis les années 1950, surnommé leur village Itunga Paris Fondations Mabanga, un néologisme toponymique qui reflète à lui seul le brassage linguistique (bondengese + français + lingala) et qui renseigne que, déjà à cette époque, l’image idyllique et néocolonialisante de Paris (et de l’Europe, Mpoto en lingala) faisait des ravages jusqu’au fin fond de la forêt équatoriale. Itunga Paris Fondations Mabanga peut se traduire par Village d’Itunga, le Paris (Ville lumière), village aux fondations solides comme le roc (mabanga).

 

Revenons aux ethniques pour dire que les habitants d’Itunga (nom administratif conservé même après l’émancipation nominale du Congo) se nommaient depuis les années 1950 Itungargeois. Le linguiste et le lecteur curieux s’interrogent déjà sur l’origine du segment « –rgeois(e) » additionné au toponyme Itunga pour créer l’ethnique Itungargeois(e). L’investigation permettra de déterminer que le gentilé Itungargeois(e) est ce que les spécialistes nomment une fausse formation étymologique. On en reparlera plus bas. Mais nous sommes pressé  de faire voir que les Ndengese d’Itunga avec leur Itungargeois(e) ou les Bakongo de Boma avec leur Bomatracien(ne) pour dire habitant(e) de Boma (cf. infra) ne sont pas les seuls à créer de tels dérivés ethniques à première vue fantaisistes.

 

Ainsi pour la France (patrie de la langue de Voltaire), les habitants de Fontainebleau et de Saulieu (pour nous limiter à ces deux illustrations) s’appellent respectivement Bellifontains et Sédélociens. A juste titre, A. Dauzat se demande comment on peut deviner que les habitants de ces deux localités se nomment tels, à moins d’être enfant du pays ou à moins d’être allé fouiller dans les manuscrits medio-antiques pour savoir que Sedelocien vient de Sedelocum, forme du IIIè siècle connue par les documents itinéraires antiques, et que Fontainebleau ne remonte pas à Fontaine belle eau, mais à La Fontaine de Bléaut, Bléaut étant un anthroponyme germanique latinisé en Blitaldus tel que G. Paris l’a démontré. Selon A. Dauzat, l’indigène français aime ces formations pédantesques, déroutantes : plus le nom est ronflant, plus il lui plaît. On aura beau les en dissuader, ils n’en démordront pas et veulent rester tels : Bellifontains, Sédélociens, Carolopolitains, Paulopolitains et nous en passons.

 

Ces deux paragraphes viennent de nous fixer sur la banalité et, pour ne pas dire, sur la quasi-universalité du phénomène du recours à un radical étymologique vrai ou au faux au moment de la création d’un ethnique en français. C’est par un procédé analogue que les habitants d’Itunga, francophones de fortune, ont créé l’ethnique « Itungargeois ». Et voici comment : Luluabourg, à l’époque, rayonnait dans toute la province du Kasai et même au-delà. C’est peut-être pour « faire » comme les citadins de Luluabourg que les habitants d’Itunga ont créé l’ethnique « Itungargeois » sur le modèle de « Luluabourgeois », nom donc des habitants de la ville de Luluabourg (aujourd’hui Kananga), chef-lieu de la province du Kasai (divisé aujourd’hui en deux provinces) dont faisait partie le territoire de Dekese qui comporte ledit village d’Itunga et bien d’autres encore. Mais ce faisant, les gens d’Itunga ont pris, consciemment ou inconsciemment, comme modèle un faux radical étymologique. Soit en effet la série paradigmatique suivante :

 

Lulua (8)

Luluabourg (9)

Luluabourgeois

 

Les signifiés respectifs des trois termes permettent de proposer des deux derniers vocables la segmentation suivante :

 

Lulua – bourg (10)

Lulua – bourg – (e)ois

 

La création de « Itungargeois » sur le modèle de « Luluabourgeois » implique une segmentation (consciente ou inconsciente) de « Luluabourgeois » en « Luluabou - » (faux radical) et en – rgeois pris confusément pour un suffixe ou pour un grammème dépendant (B. Pottier). On peut donc segmenter sur ce modèle « Itungargeois » et Luluabourgeois :

 

Itungargeois                             Itunga -rgeois

Luluabourgeois             *Luluabou - rgeois (11)  

 

C’est l’étude de ce cas particulier qui a conduit à étendre cette recherche à l’ensemble de la R.D. du Congo. On peut proposer aux « Itungargeois » l’ethnique « Itungais » plus conformes aux lois de la dérivation suffixale en français comme on y revenir infra. On peut parier qu’ils n’en voudront pas : le poids de l’histoire du vocable et son allure originale, péantesque sont des atouts importants pour les fiers villageois de chez nous. 

 

5. Les ethniques en France     



5.1. Critères de classement des données


Avant d’étudier les relations mot de base-ethnique dans le lexique des ethniques formés à partir des toponymes congolais, nous jetons un coup d’œil sur les formations déjà existantes dans la langue française. Afin de ne pas tirer des conclusions trop hâtives, une liste de plus d’un millier de toponymes avec leurs dérivés ethniques a été dressée à partir de quelques dictionnaires usuels. Sur la feuille d’inventaire, nous notions le toponyme à gauche, l’ethnique à droite, tandis que pour l’un et l’autre fut signalée la notation phonétique. Ces données brutes, pour être interprétables, ont subi plus d’un classement. Le dernier retenu regroupe les noms des Etats, des régions et des villes et, en face, leurs dérivés ethniques, selon les suffixes des ethniques d’abord, ensuite selon les terminaisons phonétiques des toponymes et, pour finir, selon les terminaisons graphiques de ces mêmes toponymes. Le classement visait à regrouper ce que nous avons appelé des « couples analogues ». Deux ou plusieurs « couples toponyme-ethnique » sont analogues, lorsque leurs dérivés ethniques sont formés à l’aide du même suffixe et lorsque l’adjectivation du toponyme, par la suffixation, produit les mêmes modifications phonétiques et graphiques. Exemples :

 

Abyssinie [abisini]                       -                 Abyssinien [abisinjẽ]

Bolivie [bɔlivi]                               -                    Bolivien [bɔlivjẽ]  



5.2.       Quantification   

 

 Après le classement des couples toponyme-ethnique, l’interprétation s’est poursuivie avec la quantification. Un premier tableau – le tableau général de la répartition des ethniques par suffixe – a repris tous les ethniques du corpus. Sur ce tableau, à chaque suffixe correspondent successivement le nombre total des ethniques (1ère colonne horizontale) et le pourcentage de ce nombre par rapport à l’ensemble du corpus.

 

5.2.1. Tableau général de la répartition des ethniques

 



1

2

3

4

Suffixe

-ien

-ais

-ois

-éen

Total

298

258

254

57

%

27.8

24

23.7

5.3




5

6

7

8

Suffixe

-in

-ain

-on

-an

Total

47

46

16

12

%

4.3

4.2

1.4

1.1




9

10

11

12

Suffixe

-ard

-aux

-iste

-ate

Total

8

5

4

3

%

0.7

0.4

0.3

0.2




13

14

15

16

Suffixe

-eaux

-ol

-ote

-ot

Total

3

3

2

2

%

0.2

0.2

0.1

0.1




17

18

19

20

Suffixe

-at

-aud

-aque

-asque

Total

2

2

1

1

%

0.1

0.1

0

0




21

22

23

Suffixe

-asse

DR

Zéro

Total

1

33

13

%

0

3

1.2

                                                                            DR = Dérivation régressive

 

TOTAL : 1071 ethniques (de France)


5.2.2. Tableaux de la répartition numérique des ethniques à l’intérieur des terminaisons phonétiques


Les autres tableaux illustrent la répartition numérique des ethniques, à l’intérieur des terminaisons phonétiques des toponymes, ce par suffixe et par terminaison graphique. Les données y sont classées par ordre décroissant. Ces données sont :

 

Le nombre des ethniques par suffixe (voir les résultats horizontaux au bas de chaque tableau). Il s’agit de l’avant-dernière colonne où il est écrit « TOTAL PAR SUFFIXE » ;

 

Le nombre des ethniques par terminaison graphique (avant-dernière colonne verticale).

 

Nous avons calculé le pourcentage du nombre des ethniques par terminaison graphique, par rapport au total des ethniques compris dans la terminaison phonétique ciblée (dernière colonne verticale) et celui du nombre des ethniques par suffixe, par rapport également au total des ethniques de France compris dans la terminaison phonétique (dernière colonne horizontale).

 

De même a été calculé le pourcentage de l’ensemble des ethniques de chaque terminaison phonétique par rapport au total du corpus entier. Ces résultats sont inscrits à la hauteur de l’avant-dernière colonne verticale qui reprend les totaux par suffixe et sont inclus dans une excroissance qui déborde les deux dernières colonnes verticales. Nous usons des abréviations suivantes :

 

T.G. = TERMINAISON GRAPHIQUE

T.P. = TERMINAISON PHONETIQUE

E = ETAT

R = REGION

V = VILLE

DR = DERIVATION REGRESSIVE

 

Au total trente-trois tableaux correspondant à autant de terminaisons graphiques des toponymes français en majorité ont été réalisés. De ces trente-trois tableaux, nous n’en publions qu’un seul ci-après à titre illustratif :

 

Tableau de la répartition numérique des ethniques à l’intérieur de la T.P. [i]

                   1     2     3     4     5    6     7      8      9     10   11

T.G.

SUFF.



-ien

-ois



-ais


-éen


-in


-ain


-on


-aque


-ard


-ate


DR


-


TOTAL


TOTAUX


%

-ie

E

20

1

1

0

0

0

0

0

0

0

11

 

33

67

49,3

-ie

R

19

0

0

1

0

1

0

0

1

1

8

 

31

-

-

-ie

V

1

0

0

1

1

0

0

0

0

0

0

 

3

-

-

-y

E

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

 

0

49

36

-y

R

0

0

0

0

0

0

1

0

0

0

0

 

1

-

-

-y

V

21

9

7

7

2

0

1

1

0

0

0

 


48

-

-

-i

E

3

0

1

0

0

0

0

0

0

0

0

 

4

12

8,8

-i

R

3

0

1

0

0

0

0

0

0

0

0

 

4

-

-

-i

V

0

2

1

0

0

1

0

0

0

0

0

 

4

-

-

-is

E

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

 

0

5

3,7

-is

R

1

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

 

1

-

-

-is

V

4

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

 

4

-

-

-ies

E

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

 

0

2

1,5

-ies

R

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

 

0

-

-

-ies

V

2

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

 

0

-

-

-it

E

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

 

0

1

0,7

-it

R

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

 

0

-

-

-it

V

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

 

1

-

-

////////

Total par suffixe

74

12

11

9

3

3

2

1

1

1

19

 

///////

136

12,6

////

%

54,4

8,8

8

6,6

2,2

2,2

1,5

0,7

0,7

0,7

14

 

////////

/////////

//////



5.3. Règles de la dérivation suffixale


Au terme de cette observation du corpus des ethniques français, nous avons estimé pouvoir établir ce que nous appelons « règles » de la dérivation. Nous y arrivons. Peut-être devrions-nous parler avant des éléments ou des phénomènes impondérables qui rendent malaisé le travail de systématisation dans ce domaine.

 

Jea Dubois a écrit : « La suffixation laisse rarement intacte le mot de base ». C’est singulièrement vrai dans la micro-structure des ethniques de France. Peu nombreux sont les cas où nous avons relevé, dans le corpus, une simple adjonction du suffixe sur les plans phonétiques et graphique comme dans Saint-Cyr [sẽsir] – [sẽsirjẽ].Le passage du mot primitif à l’ethnique entraîne régulièrement des phénomènes de chute de terminaison, de modification de la consonne finale, de dénasalisation, de troncation du mort de base, d’intercalation d’une consonne, d’adjonction du suffixe au radical étymologique, etc. Ces accidents morphologiques font que le radical toponymique présente des visages divers, ce qui nuit à une régularité de correspondance entre toponyme et ethnique.

 

N’empêche, certaines correspondances sont si régulières qu’elles ne peuvent être l’œuvre du hasard, n’en déplaise à Hasserlot. Aussi avons-nous quand même établi des règles. Mais comment formuler ces règles ? Le procédé le plus logique, le plus plausible, le plus conforme à la démarche du linguiste consiste circonstanciellement à déduire ces règles des données du corpus. Les règles refléteront la plus ou moins grande régularité constatée entre une terminaison donnée et un suffixe, conformément à l’hypothèse de départ qui était celle de savoir si l’apparition d’un suffixe n’est pas plus ou moins déterminée par l’environnement (= la terminaison du mot de à dériver).

 

A donc été posée comme REGLE toute correspondance « terminaison-suffixe » manifestant la plus grande fréquence. Les autres correspondances, selon leur importance, étaient traitées comme règles en face de la règle principale, soit comme des cas négligeables. Au total trente-trois règles ont été formulées. Voici l’énoncé de l’une de ses règles :

 

« Mis à part les cas de dérivation régressive (13%) les toponymes qui se terminent par [i] forment généralement leurs ethniques en -ien [jẽ] (54,4%).

 

Compte tenu de l’orientation du travail, à savoir l’examen de cette problématique en R.D. du Congo, nous renonçons à faire figurer toutes ces règles dans ce texte, de même que nous nous sommes contenté de présenter un seul tableau signalant la répartition numérique des ethniques par terminaison phonétique. Une explication sera donnée sur cette option faite.                 


6. Les ethniques en R.D. du Congo

 

6.1. Le corpus et les enquêtes

 

Dans la langue française, ce sont les habitants des pays (régions, provinces et Etats) et des grandes villes qui sont pourvus d’ethniques. Emile Thévenot écrit à ce sujet ceci : « Aussi longtemps que la population d’une localité ne dépasse pas un chiffre appréciable, la langue n’éprouve pas le besoin de créer une appellation spéciale pour en désigner les habitants. Pour tenir lieu, le langage a recours à l’une des périphrases suivantes : les gens de x, ou plus simplement, ceux de x ».

 

On l’a dit plus haut : même en France, de nombreuses localités n’ont pas d’ethniques correspondants. Sans doute en ce qui concerne la R.D. du Congo faut-il ajouter que les ethniques en français seront d’autant moins créés que le français n’est pas la langue maternelle des Congolais. Forts de cette observation, nous avons limité le volume des toponymes du Congo. Ceux dont il sera question ici sont le nom du pays, les noms des provinces, des districts, des territoires et des villes, en somme les noms des circonscriptions administratives.

 

Le lexique des ethniques au Congo - il faut s’en douter – n’est pas constitué de manière systématique. Il a été nécessaire d’enquêter pour réunir les quelques formations existantes. Une lettre circulaire a été adressée à l’époque à tous les Commissaires de régions (Gouverneurs de provinces), aux Commissaires de sous-régions (Commissaires de districts) et aux Commissaires de zone (Administrateurs de territoire), lettre dans laquelle il leur était demandé de nous signaler l’ethnique servant à désigner les habitants de la région (province), de la sous-région (district) et de la zone (territoire) qu’ils dirigeaient respectivement. Ensuite, parallèlement au dépouillement de quelques journaux et revues du pays, une autre lettre a été adressée aux rédacteurs en chef de quelques journaux et revues du pays, afin qu’avec l’aide de leurs équipes rédactionnelles respectives, ils nous transmettent les ethniques dont ils font usage pour désigner les habitants des localités figurant dans le corpus mis à leur disposition. Ce procédé nous a épargné un dépouillement long au résultat aléatoire. Enfin, sur place au Campus (Université) de Lubumbashi où cette recherche a été conduite, nous avons interrogé prés de 700 étudiants. Ces derniers, à qui nous remettions un formulaire, étaient invités à noter l’ethnique qui, selon chacun d’eux, était en usage pour désigner les habitants de leur province, district, ville ou territoire d’origine ou de résidence. A défaut d’un ethnique consacré, nous invitions nos enquêtés à en inventer un à leur gré. Sur le formulaire, les enquêtés devaient faire suivre du signe + l’ethnique qui, à leur connaissance, est en usage dans la localité concernée et du signe – l’ethnique de leur invention. En dehors de cette alternative, ils laissaient un blanc sur le formulaire. Avoir autorisé les étudiants à nous proposer des ethniques au gré de leur intuition paraissait avantageux dans la mesure où cela permettait de déceler sur le vif les tendances des locuteurs francophones congolais.

 

6.2. Résultats des enquêtes


Ci-après, nous donnons les résultats des enquêtes qui sont immédiatement classés en vue de leur interprétation. Le classement, dans ce corpus, divergera légèrement du classement des ethniques de France (que nous n’avons fait apparaître ici), en vertu des différences existant entre les langues bantu et le français. A l’opposé des vocables français, il n’y a pas de marge entre la graphie et la réalisation phonétique des toponymes, l’écriture des langues congolaises étant phonétique. Cela implique une correspondance entre terminaison phonétique et terminaison graphique.

 

Le classement ici se fait selon le graphème final des toponymes (qui est, à peu d’expressions, une voyelle), ensuite, à l’intérieur de cet ordre, un deuxième » classement se fera selon le graphème qui précède le graphème final ; enfin, au troisième niveau, les données se rangeront par suffixations des ethniques correspondants. 

 

L’ethnique signalé par les officiels ou par les rédacteurs en chef des organes de presse est suivi du signe +++ : il présente à nos yeux plus de crédibilité et de chance d’être réellement en usage. L’ethnique proposé par les étudiants est suivi du –, compte tenu des conditions du déroulement de l’enquête et d’un éventuel risque de fantaisie. L’ethnique proposé et créé par les étudiants et considéré par eux comme étant en usage dans le lieu en question est suivi du signe +. Pour être retenues sur notre liste d’ethniques, ces deux dernières catégories d’éléments de notre enquête devaient présenter au moins cinq occurrences au cours du dépouillement de l’échantillon.

Voici le résultat de cette enquête :

1.      Terminaison « -i [i]» :


a)    <Suffixe « -ien [jẽ] »

1. Akeli                                    Akelien +

2. Beni                                     Benien ++

3. Feshi                                    Feshien ++

4. Fizi                                       Fizien –

5. (Haut) Lomami                        Lomamien ++

6. Isangi                           Isangien ++

7. Ituri                                      Iturien +

8. Kalemi                         Kalemien ++

9. Kamuji                         Kamijien ++

10.Kasaï                                 Kasaïen ++

11. Kipushi                                    Kipushien ++

12. Kisangani                                 Kisanganien –

13. Kolwezi                                   Kolwezien

14. Likasi                           Likasien ++

15. Lubudi                         Lubudien ++

16. Luozi                            Luozien ++

17. Mahayi                         Mahayien ++

18. Masisi                          Massissien ++

19. Matadi                         Matadien ++

20. Mbujimayi                    Mbujimayien ++

21. Mobayi                                    Mobayien ++

22. Mushi                           Mushien ++

23. Ngiri-Ngiri                Ngiri-ngirien +

24. Pangi                            Pangien ++

25. Ruashi                          Ruashien ++

b)   Suffixe « -ois » [wa]

26. Kiri                                    Kirois –

27. Lushi(Lubumbashi)            Lushois ++

28. Ndjili                            Ndjilois ++

 

II. Terminaison « -a [a] »


a) Suffixe « -ais [ε] »

29. Bagata                         Bagatais ++

30. Businga                                    Busingais –

31. Idiofa                           Idiofais ++

32. Kabinda                                  Kabindais ++

33. Kamina                                    Kaminais ++

34. Kananga                                  Kanangais ++

35. Kapanga                                  Kapangais +

36. Kasenga                                  Kasengais –

37. Kasongo-Lunda              Kasongo-Lundais +

38. Kazumba                                Kazumbais +

39. (Kisangani) Boyoma            Boyomais ++

40. Lualaba                                    Lualabais ++

41. Lukula                          Lukulais –

42. Madimba                                Madimbais –

43. Masi-Manimba                    Masi-mandimbais +

44. Masina                         Masinais –

45. Mbandaka                              Mbandakais ++

46. Mombasa                                 Mombasais –

47. Mongala                                  Mongalais –

48. Mwenga                                  Mwengais –

49. Ngandajika                  Ngandajikais ++

50. Popokaba                                Popokabakais ++

                                                Popolais –

51. Shabunda                                Shabundais ++

52. Tanganika                                Tanganikais ++

53. Uvira                            Uvirais ++

54. Yahuma                                  Yahumais –

b) Suffixe « -ien [jẽ] »

55. Banalia                         Banalien ++

56. Bandal (Bandalungwa)            Bandalien ++

57. Boma                           Bomatracien ++

58. Bukama                                   Bukamien –                

59. Goma                          Gomatracien ++

60. Idiofa                           Idiofien –

61. Ikela                            Ikelien ++

62. Kahemba                                 Kahembien –

63. Kasenga                                  Kasengien –

64. Kazumba                                 Kazumbien –

65. Kimvula                                   Kimvulien –

66. Lingwala                                  Lingwalien +

67. Lualaba                                    Lualabien –

68. Luiza                            Luizien 

69. Madimba                                 Madimbadien ++

70. Makala                                    Makalien –

            71. Maniema                                  Maniemien –

            72. Moba                          Mobien –

            73. Mwitaba                                  Mwitabien ++

            74. Opala                          Opalien –

75. Sakania                                    Sakanien ++                           

            76. Shaba                          Shabien ++

            77. Shada (Shabunda)                  Shadien ++

            78. Tshikapa                                  Tshikapien –

            79. Watsa                          Watsien ++

c)    Suffixe «–ois [wa] »

80. Bukama                                  Bukamois ++ 

81. Lisala                           Lisalois –

82. Lukula                          Lukulois –

83. Tshela                          Tshelois –

<!--[if !supportLists]-->d)   <!--[endif]-->Suffixe « -an [ã] »

84. Bunia                           Bunian –

85. Kenya                          Kenyan +

86. Sakania                                    Sakanian –


III. Terminaison graphique « - u [u] »

 

             

a)       Suffixe « - ois [wa] »

87. Bandundu               Bandundois ++

88. Bulungu                            Bulungois ++

89. Gungu                              Gungois ++

90. Kasangulu              Kasangulois ++

91. Kasa-Vubu            Kasavubois ++

92. Kindu                     Kindois +

93. Kutu                       Kutois ++

94. Kwilu                     Kwilois ++

95. Lubefu                              Lubefois –

96. Lubutu                               Lubutois ++

97. Mbanza-Ngungu                  Mbanza-ngungois ++

98. (Mwene-) Ditu              Ditois –

99. Nyunzu                            Nyunzois –

100. Sankuru                           Sankurois +

101. Tshimbulu              Tshimbulois ++

102. Ubundu                            Ubundois ++

103. Walungu                 Walungois ++

b)       Suffixe « - ais [ε] »

104. Bulungu                                    Bulungais –

105. Irumu                           Irumunais ++

c)        Suffixe « -ien [jẽ] »

106. Bukavu                                    Bukavien ++

107. Kivu                             Kivutien ++

108. Malemba-Nkulu               Malemba-Nkulien –

109. Nord-Kivu                 Nord-Kivutien ++

110. Rutshuru                                  Rutshurien +

111. Sankuru                                  Sankurien –

112. Sud-Kivu                             Sud-Kivutien ++

 

IV. Terminaison « - o [o] »


a)       Suffixe « - ois a] »

113. Ango                            Angois +

114. Basoko                                    Basokois +

115. Bikoro                         Bikorois ++

116. Bondo                          Bondois –

117. Bosobolo                                 Bosobolois ++

118. Dilolo                           Dilolois ++

119. Inongo                         Inongois ++

120. Kabalo                         Kabalois ++

121. Kabongo                      Kabongois ++

122. Kibombo                                Kibombois –

123. Kongolo                                  Kongolois ++

124. Lubero                         Luberois –

125. Manono                                  Manonois ++

126. Monkoto                                  Monkotois –

127. Pweto                          Pwetois –

128. Songololo                   Songololois ++

129. Zongo                          Zongois +

b)       Suffixe « -ien [jẽ] »

130. Kwango                                  Kwangolais ++

131. Kasongo                                  Kasongolais ++

132. Lusambo                                  Lusambolais –

133. Songololo                   Songololais –

c) Suffixe « - ais [ε] »

134. Kamalondo            Kamalondonien –

135. Kibombo               Kibombien –

136. Tshopo                  Tshopien –

<!--[if !supportEmptyParas]--> <!--[endif]-->

V. Terminaison « -e [e] »


a)     Suffixe « - ais [ε] »

137. Boende                                    Boendais ++

138. Libenge                                    Libengais +

139. Mai-Ndombe                                  Mai-Ndombais ++

140. Tshilenge                                  Tshilengais ++

b)       Suffixe « -ien [jẽ] »

141. Befale                          Befalien ++

142. Dekese                                    Dekesien –

143. Kambove                                Kambovien ++

144. Kenge                          Kengien +

145. Tshilenge                      Tshilengien –

146. Walikale                                  Walikalien ++

c)        Suffixe « - ois [wa] »

147. Dekese                                    Dekesois ++

148. Dimbelenge                 Dimbelengois –

149. Matete                         Matetois ++

 

VI. Terminaison «-t [t] »


   Suffixe « - ois [wa] »

            150. Kikwit                         Kikwitois ++

 

VII. Terminaison « - n [n] »


   Suffixe « - ois [wa] »

       151. Kin (shasa)                  Kinois ++
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