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50 ans « d’indépendance », et après? PDF Imprimer E-mail
Écrit par Emmanuel Babissagana   
Mercredi, 04 Août 2010 00:00

Dix-sept Etats africains célèbrent cette année le cinquantenaire de leurs indépendances respectives. Les avis divergent cependant quant au faste et à l’opportunité même de ces célébrations. Pour les uns, c’est notamment l’occasion de célébrer la libération de nos pays et de commémorer nos martyrs. Pour d’autres par contre, les indépendances ont avorté ; et au regard de la misère galopante en Afrique, ces festivités sont une sinistre comédie.

 Mais au-delà de ces divergences, l’enjeu aujourd’hui porte moins sur les cinquante années écoulées que sur celles à venir. Comment faire en effet pour qu’au cours des prochaines décennies, l’africain parvienne à réaliser son projet : être par et pour soi-même, par l’articulation de l’avoir et du faire, selon un ordre qui exclut, autant que possible, l’arbitraire et la violence? Il nous suffira ici, faute d’espace, d’indiquer les trois étapes logiques (et pas forcément chronologiques) pour y parvenir.

Ce que le colonisateur s’efforce de détruire en premier, c’est la culture du colonisé, ses manières d’être, d’être heureux, de faire, sa vision du monde, etc. Il faut ainsi que le colonisé meurt à soi pour renaître dans la culture de son nouveau maître. Il en devient alors l’esclave jusqu’au jour où il retrouve le chemin du retour à soi, à ses propres manières d’être et de faire, à sa culture, car aucun processus d’émancipation ou développement n’est viable s’il ne repose sur des bases culturelles solides. Tel est le défi fondamental de l’africain pour les décennies à venir. Ce retour à soi qui s’impose plus que jamais devra emprunter le chemin laborieux de l’éducation, de l’apprentissage des humanités africaines. Afin de décomplexer son esprit, de libérer son imagination afin qu’elle invente des paradigmes alternatifs de développement, l’on y apprendra avec insistance à l’africain qu’au regard de son histoire plusieurs fois millénaires et de son glorieux passé, sa situation actuelle n’est qu’une parenthèse, une mauvaise passe.

 

 L’africain devra ensuite (re)apprendre, deuxième étape, à faire foule ou à rassembler les siens, à trouver de véritables alliés pour mener à bien cette lutte pour une authentique et radicale émancipation. Il continue à tort de laisser au maître le soin de diagnostiquer ses maux et même de les guérir. Or le maître, qui ne travaille qu’à perpétuer sa domination, excelle dans l’art de poser les mauvais diagnostics pour ensuite justifier les odieuses solutions qu’il impose, comme le montrent, entre autres, les PAS.

 

La dernière étape consistera en l’organisation même la lutte de libération intégrale; grèves, manifestations publiques tous azimuts, sensibilisation de l’opinion publique internationale, etc., l’africain devra mobiliser toutes ses forces et tous les siens pour gagner cette lutte. Cela prendra du temps, et le processus est d’ailleurs en cours, malgré les tendances oligarchiques et dynastiques qui tentent de l’enrayer; ce qui est visible au regard des lendemains électoraux, c’est bien que l’africain s’accommode et s’accommodera de moins en moins de privation de liberté, d’auto-détermination. Mais la lenteur avec laquelle il le fait ne doit pas faire illusion; au contraire, elle constitue en l’occurrence la garantie de la réussite de son processus de libération. Elle garantie en effet la maturation endogène de la révolte, de l’émergence de la conscience citoyenne qui, parvenues à leur terme, rejetteront de manière irréversible toute forme d’aliénation, d’hétéronomie ou de domination. C’est pourquoi, bien qu’il soit in fine d’ordre collectif, ce processus que nous espérons voir aboutir au cours des cinq prochaines décennies devra aussi et peut-être avant tout se déployer au plan individuel; car avant d’être une transformation publique, l’émancipation ou l’indépendance effective de l’Afrique devra d’abord être, pour et en chaque africain, un évènement mental.     

 

 

Emmanuel Babissagana

Philosophe, enseignant à l’Université catholique de Yaoundé

Chercheur aux Facultés universitaires Saint-Louis de Bruxelles

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