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Eschatologie afro-kame et écologie PDF Imprimer E-mail
Écrit par Kalamba Nsapo   
Mercredi, 11 Octobre 2006 09:19

Le présent article est un extrait de notre récent ouvrage d'eschatologie afro-kame. Il permet de dégager d'une certaine manière un lien entre cette-dernière et le discours écologique. C'est une réponse réservée au lecteur qui se demanderait s'il sert à quelque chose de se plonger dans le monde des ancêtres. Cette question ne se poserait pas si l’on s’efforçait de s’approprier le propos du lien interactif et corrélatif entre l’ici-bas et l’au-delà. Elle bénéficierait d’une réponse plus pertinente pour l’homme africain du XXIè siècle à la lumière de ce qui ressort du conte de Mikombo fils de Kalewo.

 

Mikombo fils de Kalewo

Vivait dans un village, une petite orpheline qui s’appelait Kalewo. A la mort de ses parents, sa tante l’avait gardée chez elle.

Elle l’éleva avec beaucoup d’attention,

avec beaucoup d’amour comme si c’était sa propre fille :

elle lui avait appris à se soigner,

à se tenir devant les gens,

à ne pas tout attendre des adultes.

Mais en grandissant, Kalewo devenait parfois étrange :

Sa tante la surprenait souvent en train de parler toute seule,

comme si elle chuchotait avec quelqu’un.

A chaque fois, elle lui demanda : « Avec qui parles-tu ? ».

Au début, elle n’osait rien dire ;

Et puis, un jour elle a commencé à montrer ses « amis » :

tantôt c’était une termitière qui lui parlait,

ou encore, un bananier verdoyant, un palmier, une chenille…

Dans le potager vivait une termitière qui,

de temps en temps montait jusqu’à dépasser les hautes herbes,

puis redescendait jusqu’à disparaître à certaines saisons.

Autour de la case, poussaient également des bananiers,

des palmiers à huile, aux noix toutes rouges,

des manguiers et des avocatiers,

plein d’arbres qui regorgeaient de chenilles aux premiers mois de l’année.

Le village tout entier savait que Kalewo faisait des rêves fabuleux.

Elle aimait à les raconter,

et ces rêves éclairaient la vie des autres.

Une fois, elle avait rêvé d’un grand serpent

qui glissait dans la case de son oncle paternel ;

deux jours plus tard, un beau garçon naquit, fils aîné de l’oncle.

Dans un autre rêve, Kalewo vit sa mère, Ngandu,

habillée de son pagne de fête,

portant des colliers en coquillages,

et une jupe de feuilles de bananier.

Elle tenait une peau de léopard d’une beauté éclatante,

Peau qui ressemblait à celle que portent les chefs ;

Elle la posa doucement sur les bras tendus de sa fille.

Kalewo ne comprenait pas ce rêve ;

elle en parla à sa tante qui lui dit :

« Le léopard des chefs vient dans ton rêve ?

mais tu sais bien que tu es femme.

Les bras de femme portent le chef,

mais la femme ne devient pas chef ».

Kalewo ne passait pas cependant son temps à rêver.

Elle ne se dérobait pas aux tâches de la maison.

Elle aimait les travaux de champs ;

sans se faire prier, elle allait sarcler le maïs,

semer les tomates et cueillir les feuilles de manioc.

Elle puisait de l’eau à la source, ramassait du bois dans la forêt,

préparait le repas quand sa tante tardait à rentrer.

Avec les jeunes filles de son âge,

elle aimait se tresser les cheveux, en fines tresses brillantes,

jouer et chanter dans les rondes au clair de la lune,

écouter les contes sous la véranda d’un vieillard du village.

Des années passèrent, Kalewo était devenue une grande fille.

Des jeunes gens avaient commencé à la désirer,

Mais elle ne donna sa préférence à personne.

Ses copines tombaient amoureuses de l’un ou l’autre garçon ;

Le tam-tam du village finissait par le faire savoir à tous ;

jamais Kalewo ne connut pareille aventure.

Mais voici qu’elle vint à remarquer sur elle, une chose étrange.

Son ventre se mit à enfler, à grossir ;

Son nombril se tendait et changeait de forme,

Ses seins s’alourdissaient de jour en jour !

Epouvantée, sa tante l’amena à l’écart ; elle la fit se déshabiller.

Il s’agissait bel et bien d’une grossesse.

La tante se mit à sangloter à chaudes larmes :

« Pourquoi nous as-tu fait cette honte

Ne t’avais-je pas dit qu’une fille bien éduquée

ne se livre pas avant le mariage ?

Qui t’a mise enceinte ? »

Kalewo se contenta de répondre :

« Je ne me suis donnée à personne,

Je ne sais pas ce qui m’arrive ».

Tous pensaient à un amoureux caché qu’elle n’osait dénoncer,

Lorsque Kalewo sortait dans la cour de la case,

elle sentait des regards moqueurs la transpercer ;

lorsqu’elle vaquait à ses travaux d’antan,

elle entendait murmurer dans son dos, sur son passage.

La tante qui avait espéré un mariage plein de cadeaux,

ne cessait de se lamenter :

Personne ne lui offrirait la « chèvre de dos », celle des mamans qui ont bien gardé leurs filles.

Une grande désolation s’était abattue sur toute la famille.

Chaque fois que la tristesse montait en elle,

Kalewo se retirait sous les arbres,

qui lui parlaient et la réconfortaient. Ils semblaient lui dire :

c’est difficile aux hommes de comprendre ce qui t’arrive,

mais reste calme et tout s’arrangera.

Aussi, seule, Kalewo restait sereine.

Des mois passèrent lentement, et le ventre ne cessait de grossir.

Le malentendu s’épaississait.

Ses copines n’osaient même plus venir lui tenir compagnie.

Le vide se faisait de plus en plus autour d’elle.

Un jour,

elle se rendit à la rivière pour puiser de l’eau, dans la forêt,

Elle y rencontra un groupe de filles du village ;

mais celles-ci en la voyant venir, se précipitèrent pour quitter les lieux ;

elles lancèrent un jeu : « que chacune se mette sa jarre sur la tête ».

A ce jeu, elles mesuraient leurs capacités à se débrouiller toutes seules.

Toutes les copines de Kalewo purent se mettre la jarre sur la tête.

Elles partirent en courant, laissant Kalewo avec sa jarre pleine.

Elle ne pouvait pas la soulever pour se la mettre sur la tête ;

Elle regarda tout autour, il n’y avait plus personne qui puisse l’aider.

Au bout d’un moment, elle entendit une machette couper du bois dans la brousse ;

elle cria : « Qui est là ? Aidez moi, je vous en supplie »

Alors, levant les yeux, elle vit surgissant de la brousse, un ogre,

cet être mystérieux qui vit dans les forêts,

et dont elle avait souvent entendu parler dans les fables et récits.

Ses yeux rouges lançaient comme des flammes.

Quand il ouvrait la bouche,

apparaissaient des dents longues et pointues.

Tout incurvés comme ceux d’un rapace,

les ongles de ses doigts étaient couverts de suie.

Elle eut très peur. Mais avait-elle le choix ?

Toute tremblante et trempée de sueur,

elle osa tout de même lui adresser la parole :

« S’il vous plaît, pouvez-vous m’aider à mettre la jarre sur la tête ?

Dans l’état où je suis, je n’arrive plus à soulever des poids ».

L’ogre s’approcha et lui dit :

« D’accord, je veux bien t’aider,

mais à condition que tu me promettes ce qu’il y a dans ton ventre.

Promets-tu de me le donner lorsque tu accoucheras ? »

Comme Kalewo ne savait pas ce qu’il y avait dans son ventre,

elle accepta, au moins pour se tirer d’affaire, et dit :

« D’accord, je vous le promets ; mais aidez-moi, s’il vous plaît ».

L’ogre souleva la jarre, la plaça sur la tête de Kalewo et disparut.

Quelque temps après, durant la nuit,

Kalewo entendit frapper à la porte.

Qui pouvait en pleine nuit, venir ainsi à sa case ?

Elle cria : « Qui est-ce ? »

Dans la voix rauque et lourde qui lui répondit,

Kalewo reconnut l’ogre de la source.

« Est-il né ton enfant ? » enchaînait la voix.

Cela se répéta plusieurs fois, mais l’enfant tardait à venir.

Puis un matin, des douleurs terribles prirent la jeune Kalewo ;

sa tante se précipita et l’aida en poussant sur son ventre :

il en sortit un véritable enfant, un petit garçon,

mais un enfant spécial tout de même ;

avec lui, sortit aussi un minuscule bouclier et une petite lance ;

on n’avait jamais vu cela de mémoire d’homme,

un enfant armé dans le ventre de sa mère.

Tout le village défila pour voir.

L’enfant grandissait à une vitesse vertigineuse :

A huit jours, il s’asseyait et marchait à quatre pattes

A un mois, il se tenait debout et faisait de petits pas.

Le bouclier et la lance augmentaient de taille

suivant le corps de l’enfant.

Au bout de six mois, ces armes avaient atteint la taille normale

et l’enfant les amenait quand il partait jouer avec ses camarades.

On appela cet enfant spécial « Mikombo, fils de Kalewo,

celui qui s’est engendré lui-même ». Car il n’avait pas de père.

La promesse faite à l’ogre serrait le cœur de Kalewo ;

« La promesse est comme une dette », se disait-elle ;

« mais qui demande en échange un enfant

pour avoir soulevé une jarre ?

Non, je ne donnerai pas Mikombo ».

Kalewo appela son fils et lui parla.

Elle raconta l’incident de la rivière, la jarre et l’ogre.

Elle raconta le ventre qui pesait trop lourd.

Elle raconta sa peur, et puis la promesse.

« Quand je j’ai conçu, je n’ais pas connu d’homme.

Sache donc que, si moi ta mère je ne te livre pas,

personne ne pourra mettre la main sur toi ;

garde tes armes, protège la vie que je t’ai donnée,

qui vient du soleil, de la lune, de la terre, des arbres,

des animaux, des ancêtres.

Où que tu ailles, respecte la vie et nourris-la.

Alors, l’ogre ne pourra pas t’atteindre ».

Mikombo suivi les conseils de sa mère ;

il se promenait toujours avec un groupe d’enfants de son âge.

Il était très habile en bien de choses,

mais ne se vantait devant personne.

Auprès de lui les enfants trouvaient plein de connaissances,

la joie et la fête,

Mikombo leur apprenait à devenir des hommes vaillants et sages ;

il leur ouvrait l’intelligence, leur apprenait à écouter et à parler.

Les enfants lui avaient même donné le titre de chef

en lui mettant la plume rouge du perroquet sur la tête,

comme on fait pour les vrais chefs.

Un jour, l’ogre apparut à la porte de la case :

« Kalewo, tiens ta promesse

et donne moi l’enfant » s’exclama-t-il, furieux.

La mère de Mikombo, sans le regarder, répondit évasive :

« Il est là parmi ses compagnons »

il porte une plume rouge dans les cheveux ;

tu n’as qu’à te rendre sur les lieux pour le prendre ».

L’ogre se mit en route

pour rejoindre la place du village où jouaient les enfants.

Regardant attentivement, il fut surpris de voir

une plume rouge sur la tête de chaque enfant.

Il se frotta deux fois les yeux,

croyant avoir affaire à une hallucination.

Mikombo ne gardait pas pour lui seul ses biens ;

il partageait ses idées avec la troupe,

ses talents étaient au service de tous.

Un jour,

un petit garçon voulut avoir aussi la plume qui était sur sa tête ;

Mikombo ne refusa pas, mais la lui donna tout de suite.

Aussitôt une autre plume poussa sur la tête de Mikombo,

Si bien qu’il y eut deux plumes semblables dans le groupe.

Un troisième, puis quatrième, cinquième enfant

demanda lui aussi une plume ;

dans un même geste, Mikombo tendit sa plume ;

et la plume toujours repoussait,

Et les enfants sautillaient avec des cris de joie.

Aussi, quand l’ogre arriva, il ne put reconnaître Mikombo,

car tous les enfants

portaient la même plume rouge dans les cheveux.

Une autre fois,

l’ogre vint de nouveau chez la mère pour réclamer l’enfant.

Celle-ci lui dit : « Je vais l’envoyer chercher des aubergines ;

Alors tu te tiendras derrière le buisson des aubergines,

pour l’attraper quand il arrivera ».

La mère appela : « Mikombo, Mikombo, s’il te plaît,

va me chercher quelques aubergines pour la cuisine.

Mais sois prudent, comme d’habitude ».

Celui-ci obéit. Mais avant d’y aller, il prit avec lui sa lance ;

en arrivant près du buisson à aubergines,

Il brandit la lance en disant :

« On ne sait jamais, des serpents venimeux peuvent se glisser ici ;

Je vais d’abord jeter la lance dedans, et on verra… ».

Dès qu’il brandit la lance en direction du buisson,

l’ogre qui était caché derrière s’enfuit à toute allure.

L’ogre ne désarma pas ; il revint encore une fois et dit à Kalewo ;

« Tu n’es pas une femme honnête ;

je t’avais aidée, puis tu m’avais promis l’enfant ;

et voici que je ne cesse de courir pour l’avoir ; ce n’est pas juste ».

Kalewo prit son courage entre les deux mains et lui répondit :

« Cruel est l’échange que tu me demandes.

Et puis, cet enfant ne m’appartient pas,

il appartient aux hommes, aux animaux,

aux forêts, aux eaux, à la terre… ;

comment puis-je te donner ce qui ne m’appartient pas ?

Débrouille-toi avec ceux à qui il appartient et ne me dérange plus ».

L’ogre comprit qu’il devait désormais utiliser ses propres astuces ;

il observa la vie de l’enfant, ses allers et venues ;

un jour où il s’était caché dans les alentours de la maison,

il vit que Mikombo s’apprêtait à monter dans un palmier

pour cueillir les noix de palme.

La lance et le bouclier étaient posés au pied de l’arbre.

Quand l’enfant monta au palmier, l’ogre s’avança et cria :

« ah ah ah ah, aujourd’hui, je t’ai eu ;

on va voir par où tu vas t’échapper ».

Mikombo comprit que c’était grave.

Alors, il réfléchit et dit à l’ogre : « D’accord, je suis à toi ;

mais il faut te dépêcher,

d’un moment à l’autre, mes amis vont arriver

et il y aura des bagarres et du sang

car ils ne me laisseront jamais partir ;

alors, dépêche-toi, ouvre grand le sac que tu as,

ferme les yeux, et je vais tomber dedans ;

tu emporteras ensuite le sac et tu courras vite chez toi,

sans regarder.

Alors seulement

on évitera la troupe de mes compagnons d’armes ».

Ainsi dit, ainsi fait : l’ogre ouvrit le sac, ferma les yeux ;

au même moment, Mikombo se cacha de l’autre côté du palmier

mais prit soin de jeter dans le sac un gros régime de noix de palme.

L’ogre regarda en haut du palmier et ne vit pas Mikombo ;

refermant aussitôt le sac, il s’enfuit vers sa demeure.

C’est alors que Mikombo descendit calmement du palmier.

Parti en ricanant, l’ogre jeta le sac dans un feu ;

il parcourut la forêt en criant à ses copains :

« Ne préparez rien pour ce soir, venez chez moi,

j’ai du gibier délicieux ».

Quand ceux-ci arrivèrent,

ils ne trouvèrent qu’un régime de noix de palme dans le feu ;

alors ils se saisirent de l’ogre et se mirent à le frapper en disant :

« Pourquoi nous as-tu dérangés et menti ? Ce sont des noix de palme.

ce n’est pas de la viande ». Et l’ogre s’enfuit au loin.

Depuis lors, Mikombo et ses compagnons vaquèrent avec calme à leurs activités.

Mikombo grandit avec les enfants de son âge ;

Il devint un homme adulte. Il était à la fois chasseur,

pêcheur, agriculteur, forgeron, constructeur de maisons, grand artiste ;

il secourait tous les nécessiteux, il rendait service partout.

Il initiait les gens aux différents métiers dans le village ;

le pouvoir lui convenait parfaitement et il fut intronisé.

Il maniait la parole avec talent, utilisant dictons et proverbes.

Pour amuser et éduquer les enfants,

il racontait des fables et des mythes.

Tout chef qu’il était, il ne cessait pas de chanter et de danser :

quand il battait le tambour, personne ne résistait à la danse,

tous se mettaient à bouger, les arbres, les animaux, les insectes.

Un jour, un chef lointain jaloux et méchant,

entendit parler de Mikombo,

Comme d’un homme extraordinaire et fameux,

avec lequel personne ne pouvait se mesurer.

L’envie et la fureur s’emparèrent de lui.

Il l’invita à son village

pour essayer d’absorber ses forces et le détruire.

Le chemin par lequel Mikombo passerait était semé d’embûches.

Mikombo rassembla sa troupe composée d’hommes,

D’animaux et d’insectes,

Et se mit en route, vers le village du chef jaloux et méchant.

A un certain endroit,

Il trouva de grands arbres en travers de la route que la troupe suivait.

Il s’exclama : « Kapumbu n’est-il pas là ?

N’a-t-il pas vu ces arbres qui barrent la route ? »

Aussitôt l’éléphant vint et, avec ses grandes défenses,

Déplaça les arbres qui barraient la route. Ils passèrent.

Un peu plus loin, ils virent des tiges de fausse canne à sucre ;

ces tiges étaient entrelacées sur toute la largeur du chemin.

Mikombo appela le grand lapin Nsenji, un fameux rongeur.

Celui-ci rongea toutes les tiges qui obstruaient la route,

et la troupe passa.

Plus loin encore, ils trouvèrent de hautes montagnes,

tellement hautes qu’il était impossible de les contourner

ou de les franchir.

Mikombo invita l’animal fourmilier Njibu à venir.

Le fourmilier creusa une galerie de part en part de la montagne.

Mikombo y pénétra, et avec lui toute sa suite ;

Ils sortirent de l’autre côté et poursuivirent leur voyage.

Ainsi ils arrivèrent à une large rivière.

impossible de la traverser à gué.

Mikombo fit appel à l’araignée Ntanda.

L’araignée se mit à filer une toile qui relia les deux rives.

Mikombo traversa la rivière avec tous ses compagnons, sur la toile.

Une fois sur l’autre rive, ils entonnèrent ce chant :

Mikombo fils de Kalewo,

Il s’est créé lui-même !

Mikombo, fils de Kalewo,

Armé de lances et de bouclier !

Mikombo, fils de Kalewo,

Sanglé de glaives !

Ils chantaient ainsi pour louer la force et les talents de Mikombo,

Ils dansaient au rythme de son tambour.

Ayant traversé la rivière, ils rencontrèrent un homme

qui demanda plaintivement à Mikombo

de lui couper un régime de noix de palme,

régime qui était perché aux crimes d’un palmier très grand.

Mikombo ne refusait jamais de porter secours

à quelqu’un dans le besoin.

Aussi, se mit-il tout de suite à l’œuvre.

Mais en touchant le palmier, il sentit que l’arbre cachait un piège,

et comprit que l’homme voulait faire le mal ;

aussi accepta-t-il de rendre ce service en posant une condition :

« Je suis d’accord,

mais à condition que tu acceptes de te ceindre les reins

Avec ma ceinture, que je ne peux emmener là haut. »

L’homme accepta

Et Mikombo lui mit la ceinture autour de la taille.

Aussitôt, Mikombo entreprit de monter sur le palmier.

Quand il parvint au sommet,

L’homme, qui était en vérité un magicien,

Commanda au palmier :

« Palmier chéri, rallonge-toi, pousse plus haut » !

Et à l’instant, le palmier se mit à pousser de plus en plus haut,

sa tige s’amincissant de plus en plus,

de telle sorte qu’elle allait se casser et tuer Mikombo dans sa chute.

Aussitôt, celui-ci cria à son tour : « Ceinture, rétrécis-toi ! »

Et au même moment,

la ceinture se mit à serrer bien fort la taille de l’homme.

Et plus le palmier s’allongeait, plus la ceinture se rétrécissait.

Le magicien se dit : « Si je continue à dire au palmier de pousser,

je serai coupé en deux par cette ceinture… »

Alors il se mit à crier : « Palmier chéri, descends ».

De son côté, Mikombo dit : « Ceinture, desserre-toi ».

Et plus le palmier descendait, plus la ceinture se desserrait,

jusqu’à ce que le palmier eut repris sa taille normale.

Mikombo descendit du palmier et l’homme lui rendit sa ceinture.

Mikombo fils de Kalewo poursuivit sa route,

les hommes, les animaux et insectes de sa suite

chantant ses prouesses.

Un jour la troupe aperçut les villages

où régnait le chef qui les avait invités.

Un grand tam-tam sonna longtemps pour annoncer leur arrivée.

Les gens s’étaient rassemblés à la grande place.

avant même de rencontrer Mikombo,

Ce grand chef lui tendit un piège :

Il commença par se transformer en enfant,

et se mit au milieu des enfants.

Il pensa qu’ainsi, Mikombo se tromperait

et irait saluer avec honneur d’autres personnes ;

ainsi il pourrait le ridiculiser devant la foule en lui disant :

tu voix tu n’as pas le troisième œil du chef,

qui découvre les choses cachées.

Mais celui-ci tout habile qu’il était,

avait fait prévenir les mouches

qui étaient dans sa compagnie.

Celles-ci avec leur flair,

avaient vite découvert le chef parmi le groupe d’enfants.

Elles revinrent prévenir Mikombo, en lui montrant où était le chef.

Délaissant les adultes d’un côté,

il se tourna vers les enfants et salua le chef,

dans l’étonnement général.

Ce dernier avait préparé de la nourriture

et l’avait disposée en deux parts :

une part empoisonnée et de grande qualité,

une autre saine, mais de qualité médiocre.

La nourriture de grande qualité

comprenait des viandes délicieuses de gibier,

de chèvres et poulets,

du foufou préparé à la farine de manioc mélangé au maïs ;

tandis que dans la nourriture de qualité médiocre,

figuraient des feuilles de patates douces, des fretins,

et du foufou préparé avec du manioc seulement.

Mikombo fit envoyer des abeilles pour inspecter et goûter les mets.

Les abeilles butinèrent

et repérèrent tout de suite où se trouvait le danger,

et le bourdonnèrent à l’oreille de Mikombo.

Mikombo refusa de s’asseoir à la table des mets de grande qualité,

pour se mettre à celle de qualité médiocre.

son hôte fut stupéfait de cette intelligence,

mais ne put comprendre comment Mikombo et ses gens

avaient perçu le piège, pour le déjouer.

Enfin, vint le moment d’aller dormir.

Bien que tout ce qu’il avait mis en œuvre

pour faire périr Mikombo eût échoué,

le chef jaloux ne désarma point. Il prépara un dernier manège.

Il indiqua à Mikombo une grande case pour dormir,

tandis que sa troupe dormirait dans d’autres cases séparées.

Mais Mikombo refusa catégoriquement :

« Je ne me sépare jamais des miens », répondit-il à son hôte.

Celui-ci insista : « Le chef ne dort pas ensemble avec ses gens,

pourquoi refuses-tu de te retirer dans une case à part ? »

« Je ne me sépare jamais des miens », répéta Mikombo à son hôte.

Aussi Mikombo et ses gens prirent-ils place

dans la case qui était préparée pour Mikombo seul.

Et là, ayant encore entrevu le piège,

Mikombo dit au fourmilier Njibu,

de se mettre tout de suite à la besogne,

pour faire un couloir souterrain,

qui déboucherait sur la frontière du village.

Et, pendant que les autres dormaient, Njibu creusait.

Au beau milieu de la nuit,

quelqu’un de la troupe, réveillé par des bruits,

ouvrit l’œil, et aperçut par un trou

des gens qui amassaient des troncs d’arbres,

des branchages secs et de la terre, autour de la case.

Il était impossible de sortir.

Et tout d’un coup le feu crépita dans les branchages d’arbre

et prit même le toit.

C’est alors que Mikombo donna l’ordre à toute la troupe

de s’engager petit à petit dans le couloir

que Njibu venait d’achever.

Un à un, les membres de la troupe

S’introduisirent dans le couloir souterrain.

Quand ils furent près de la sortie, le toit s’effondra.

Le chef méchant se mit à se réjouir avec ses complices, en disant :

Maintenant, ils sont tous cuits ».

Ils attendirent l’aurore pour écarter les cendres

afin de voir les corps calcinés ;

mais ils n’aperçurent qu’une grande motte de terre

au milieu de la maison.

Des années passèrent, et Mikombo vivait avec les siens,

les bêtes et les plantes, initiant les hommes aux arts et aux métiers.

Un jour, un grand tam-tam résonna, un tam-tam spécial,

qui invitait Mikombo à un autre voyage ;

ce tam-tam provenait du chef des chefs, de l’ancêtre des ancêtres,

l’Eau-origine-du-sel, Maweeja Nangila, l’Esprit-Aîné.

Mikombo prit congé de ses amis

en leur enjoignant de continuer et de progresser

dans les chemins qu’il avait tracés, chemins du bien et du progrès.

Puis il se mit en route, en suivant le son du tam-tam ;

c’était la route de l’au-delà,

qui le dirigea vers le village des Ancêtres,

ce village aux abords plantés de bananiers,

où il n’y avait plus d’embûches ni de malveillance,

où la vie était pleine et florissante à jamais.

Et pendant que Mikombo s’avançait, ses amis continuaient à chanter en chœur :

Mikombo fils de Kalewo,

Il s’est créé lui-même !

Mikombo, fils de Kalewo,

Armé de lances et de bouclier !

Mikombo, fils de Kalewo,

Sanglé de glaives ![1]

Il faut attirer l’attention du lecteur sur la version luba de ce mythe :

“Mu musoko kampanda muvwa mwan’a nshiya wa bakaji dîna ne: Kalewo. Baledi bende bônso babidi bakavwa bafwe. Uvwa mushala ne Tatwende mukaji; yeye ewu uvwa mumukolesha bilenga, mumutungunuja bwa ikale mwana wa kanemu ne mankenda, mwenji wa mudimu, mwana mumanya kudilama.

Dimwe dituku, Tatwenda mukaji kumusangana ku mfundu kwa nzubu, mwikala udyakwila. Yeye kumwebejaye ne: uudi wakula nende nanku nganyi? Kalewu kumwandamuna ne: «ndi nyukila ne mutunda wawa». Mu dyala dya nzubu awu muvwa cilundu: cidimu cyonso civwa ciya nswa; nanku pamwe apa bavwa mwa kucisangana cimeta ciya ne muulu; dikwabo edi, cishala anu mwaci mwa kala. Kalewo uvwa kabidi ne ciibilu cya kudyanza kumona maalu mu ndota. Mukwabo musangu, uvwa mwawila Tatwenda mukaji mutu wa nyoka: uvwa mumona ku tulu nyoka ubwela mu nzubu mwa mansebenda. Abidi mmaala, asatu mmipi, kumvwabo anu ne baaledi mwana wa baluma ku nzubu kwa mansebenda awu.

Nansha muvwaye mwena ndota, Kalewo uvwa mwena cisumi ku mudimu, mwana mumanya kusomba ne bantu, kayi ne ditama ne muntu. Pavwa baana nende banaya mu ngondo, uvwa pende ubalamata; nansha ku dilukangana nsuki, uvwa penda muya cisongu. Uvwa wambulwisha Tatwenda mukaji bikole ku midimu ya mu nzubu: pakumbajileyi bidimu dikumi, uvwa usuna mâyi, ulamba bya kudya, ukomba mu nzubu, wipila bya pa madimi. Ku ndota yenda mivule, kudi ndota umwe uvwa mupapisha Tatwende-mukaji. Kalewo uvwa mulota mamwenda mumuledi muvwa kumumona, umusekesha, ufukisha mimwemwe, mumutwadile ciseba cya nkashama civunga bu cilamba. Ciseba cya nkashama se ncimanyinu cisombelabo bavwala kudi Bamfumu. Tatwenda mukaji kumwandamuna ne: Kalewo wanyi, udi wela meji ne ku Bajangi kudiye aku, mamweba mmupeta bumfumu anyi? Peshi wewa mwina udi ujinga bwa kudya bumfumu mu ditunga? Wamanya ne mu cyetu cisamba, twetu bakaji katutu twasomba mu nkwasa ya makalenga to, bwalu tukaadi ne bwetu bumfumu bwa ku cifukilu, bunene bupita mamfumu onso: twetu bakaji ke badi bambule bakalenga pambidi peetu, ke badi basomba pa bizaba bya makalenga.

Bwalu kushadilabo paabo anu apu. Bidimu kupita. Kalewo kukola, kwasa cyadi, kusenena. Bakavwa batwadija kumwela diyi dya kumusela; kadi Tatwenda mukaji uvwa wandamuna ne: to, ucidi mwana, anji kukola. Nansha muvwa nsongaluma imutuucila museesu, Kalewo kavwa ne ciibidilu cya kunaya ne baana ba baluma to. Kadi, dimwe dituku, Kalewo kumvwa anu mata amu-ngwila mukana, ukeba amu mwa kutwila. Eku, mabela enda adyunda, difu dyenda dibanda. Tatwenda mukaji tukutukuu mbuu: «Kalewo piteeku tumona»; babwela nende mu nzubu, e kumuvulaye bilamba, bwa kukenketa mubidi wenda; kumonaye dyakamwa ne Kalewo uvwa mwimita difu.

Tatwenda mukaji kwasa kasala ka mwadi: Kalewo wanyi ciwatwenzedi nenku ncinyi? Wampendeshi mpindyewu kudi bakaji nanyi; wamfwishi bundu nenku bwa cinyi? Ngambila, difu ndya kudi nganyi? Kalewo ushikunkila pende ne mwadi, e kwambila Tatwenda-mukaji ne «Tatu-mukaji wanyi, cyenaku mema mumanya bwalu to, ndi anu mundi emu; kadi edi difu ndya kwepi?». Awu pende kushala mufwe nayi, wamba ne: «edi difu ne ndya ku bantu, ne ndya ku bajangi, kwikala mpanga aku, nekudilapula».

Ngondo kupita, difu dyenda dikola, bantu beena mu musoko batwadija kuseka Tatwenda mukaji wa Kalewo: «yeye uvwa udipa mêna ne mmukoleshi mulenga, tumona paadilaye mbuji wa nyima; washadi ne bundu mesu tente». Banyanende wa Kalewo kutwadija kumwepela, kabaciyi kabidi bamutancila to. Kalewo kushala anu ne mwoyo mukole, nansha muvwa dibungama dyamba kuya nende. Uvwa udyela anu nsanzu: «meme anu ngikala mumanya muluma; kadi pangikala ciyi mwanji kwidikijaku awu manaya, badi banseka bônso aba, fuka-fuka wabo, bola-bola wabo». Nsanzu eyi, uvwa uyeela ne mici ya mwitu, ne nyama ya cisuku ne ya mu mbanza, ne bishi bilandadi… Bakaji ba mu musoko amu kabacivwa kabidi baswa ne baana babo baya kusomba ne Kalewo to; bavwa beepela ne Kalewo kavu kubapisha biibidilu bibi.

Dimwe dituku, Kalewu muya kusuna mâyi, difu dikwata eku, bu mukundulu, e kusanganaye ku mpokolo aku baana nende ba bakaji batwa ku banaayi. Bakaavwa basuna mâyi mu milondo, kadi biikale banaya dyepu. Abu beela mesu bamona Kalewo, e kusumpakanabo bwa kumushiya nkayenda mwitu, kubanda pa mbelu lubilu. Ke kwelabo: «kaditanta kaadyambika». Bu mu mupodi wa disu, bônso banaayi kudyambika mulondo, e kubanda pambelu. Kalewo kushala mwitu amu, wengeja mesu, kamonu wa kumwambika mulondo wa mâyi, ne difu dikaavwa dimutekesha bikole.

Katupa ne ndepa, kumvwaye bu muntu utapa muci ne mwela; katupa kumvwaye muci ukuluka. Ke kwelaye diyi ne: «nganyi wetu udi utapa muci awu, pamwapa wavwaku kungambulwisha, ndi mupangila apa ciyi mushindu». Kalewo utupula mesu, e kumona Ciluma-cikulu (cikulukuuku) cyenda cipanya masela, cipweka citangila kudiye. Bowa ne luzakalu kumukwata. «Tatu wanyi, ngambikaku dibungu dya mâyi edi, ndi mushikile ne difu dindi nadyo, ne ndya mwana, ne ndya cinyi?». Ke Ciluma-cikulu kukenya ku meenu cyamba ne: «ndi nkwambika, kadi umpesha peeba mwana udi munda mweba amu, dîba diwalela; wewa kuyi mwitaba, ndi nkusaya apa ne mwela ewu, nkwela pa lukosu». Ne bowa buvwaye nabo, Kalewo kwitabaye civwa Ciluma-cikulu cilomba. Ciluma-cikulu kumwambika mulondo pa mutu, Kalewo kubandaye pambelu wenda uzakala.

Pambi ngondo kutwa ku cibanda, Kalewo kulelaye: mwana uvwaye muupule uvwa wa cidika, muntu mulelela, kadi wa pa bwenda; mwana upatuka, mukwata difuma ku cyanza, ngabu ku cikwabo cyanza, lusala lwa nyunyi wa nkusu lwasa pa mutu; cibingu e kwakula oooo ditunga dijima. Mwana wa Kalewo uvwa ukola ku meeba ku meeba. Dituku dimwa ukaavwa ukwata ku bintu wimana. Pambibu kucya, mutwadija lwendu. Pavwaye wenda ukola apu, lusala lwa nyunyi wa nkusu, difuma ne ngabu byenda bidyunda pabyo. Bakeba kumupesha dîna dya mu diiku, mwana ubenga wamba ne: «dyanyi dîna mMikombo wa Kalewo nkayenda mudifuka».

Abidi mmala, asatu mmipi, mwana kutwadija kunaya ne baana nende, unaya nabo mbenga, uja naabo maja, wimba ngoma, utuma misambo… Kalewo kushala ukacila mwanda, kamonu cya kwamba. Dimwe dituku, kumvwaye mwoyo umupandika munda bwaa! Kuvulukaye dyakamwa civwa cimwenzekela ku mpokolo wa mâyi. Kwelaye meji ku dilaya divwaye mulaye Ciluma-cikulu. E kutwadijaye kudyela meji: Ciluma-cikulu eci cikaadi pa kufika mwaba ewu bwa kulomba mwananyi ewu; nengenza cinyi? cyena mwa kufila mwananyi wa cibola ewu bwa baya kumudya to; bushuwa mvwa mulaya bwalu ebu, kadi se mbwa bowa bumvwa nabo; kabivwa diswa ne dijinga dyanyi dilelela to».

Kalewo kubiikila mwanenda e kumulondela bwalu abu. E kumwambilaye ne: «wamanya mwananyi, pandi mema mamweba ciyi mukufila, mukupangila, kakwena udi mwa kukupeta to; kadi wadimuka bwa kudilama; wikala ne diyi dimpe mu bantu; baakufinga bantu, kabakufingi nsona; shala mulwidi wa bônso, mucyungi wa mici ne nyama, wa buloba ne bîshishi, nanku bifukibwa byônso nebikukosela muci; udi mumanye ne weba tatweba se mbuloba bujima ebu; nanku ikala mukubi wa bifukibwa byônso». Mikombo kwandamunaye ne: «eyowa Mamu, byônso abi ndi mubimanye, kundi mufuma se ke ku mfuki wa bukwa-panu; lupandu lwa bukwa-panu ke lundi muvwile; shala ne ditalala».

Mikombo uvwa wendakana anu ne bisumbu bya baana. Dimanya dyende divwa diya cisongo; kadi kavwa udiswa, udyela lupeepela to. Bônso bavwa bamutancila bavwa ne disanka dinene, bapeta kabidi ngenyi mijalama ne mibuululuke pa maalu a bungi; bônso bavwa basomba ne Mikombo bavwa bashala bantu ba nsombelu mwinenke, ba mwoyo mulenga.

Dimwe edi, ke Ciluma-cikulu eci pwaa, mu ciibi cya Kalewo: « ukaadi mulela, mwana ukaadi mukole, kuyi mwa kunkeba bwa kukumbaja bituvwa balayangana! wamonyi muudi muntu mwena dishima’s? » Kalewo ne: « mwana udi munkaci mwa baana nende, wenda unaya; wewa mumukeba neumumona, udi ne lusala lukunze pamutu; indaku neumumona, ukeba peeba mayela bwa kumupeta ». Ke Ciluma-cikulu kumata mu njila citangila kuvwa baana banaya mu musoko, cyenda cikeba.

Mu ngenzelu yende ne nsombelu, Mikombo kavwa ulaminyina bilenga bivwaye nabyo amu bwenda yeya to; uvwa wabwija baana nende bônso. Mwana kampanda uvwa mumulomba bwa kwasa pende nsala mukunze mu mutu; ke Mikombo kutuula lusala kumupeesha; kadi dîba adyo lusala lukwabo kutoloke dyakamwa mu nsuki ya Mikombo. Mwana mwibidi kuswa pende kupeta lusala; Mikombo kwenza bya momumwe; ke nsala kuvulanganaye pa mitu ya baana bônso. Ciluma-cikulu cifika mu cyalu cya baana, kutangila e kumona bônso biikala amu ne nsala mikunze mu mutu. Kupangaye wakwebeja bwalu e kupingana kwenda.

Dikwabo dituku, Ciluma-cikulu kupinganyina kabidi Kalewo bwa kumusuuya, ulomba Mikombo; bwa kumudingakaja, Kalewo kumwambila ne «ndi mmubikila, mmutuma bwa kuntudila njilu; nanku wewa uya kusokomena ku masanji a njilu aku, numonangana nende». Kalewo kubiikilaye Mikombo «mwananyi nshima nyeye pa kapya; kadi bwa bisekiseki ki bidi bikola; tulaku njila mikesa ku dyala aku, tuvwa kudya nayo nshima». Mikombo kwangata difuma dyende e kukwata ku cyanza, cikwabo cyanza cyambula lubenji bwa kwelamu njilu. Ufiika pabwipi ne disanji dya njilu, ke kwambaye ne: «cyena mumanya bidi mwa kwikala bibutamina mu njilu dîba edi, ne nyoka, ne ntuminyiminyi; ke kwanjiye kwela difuma mu mabeji a njilu. Ciluma-cikulu cimona nanku ke kukatamunacyo lubilu cyenda cishiya meyi: «eyi bantapi, eyi bantapi»…!

Ciluma-cikulu civwamu cisuminyinu bwalu bwacyo abu; ke kupinganacyo kabidi kudi Kalewo cyamba ne: «udi mumanya bimpe ne dilaya ndibanza; kwena mukaji wa malu mimpa to; wewa mundaya nyinyi wanyi wa meme kudya, mpindyewu bwa kumumpetesha, njila e kunkwata mu nshingu, nkadi ntwa mpingana, ntwa mpingana?». Ke Kalewo kumujikwila civwa pa mwoyo wende: «Ciluma-cikulu wetu, vuluka mumvwa mupungila, mwikala kabidi ne bowa dîba dine adyo, pamvwa nkulaya civwa munda mwanyi; kadi civwa meme mwine mumanya cimvwa nacyo to; paamwenekicyo, meme kujaadika ne kacivwa mwana bu baana bônso to; kavwa ne tatwenda to; wenda tatu uvwa dyulu ne buloba, bantu, nyama, meetu ne bisosa, mâyi ne lupeepela. Mmunyi mundi mwa kukupesha cintu cidi kaciyi ku bukookeshi bwanyi? Nanku umfwile meme luse, udikebela wewa mwine; se ukaadi mu mone mumujaadika kabidi; kuvu kuntacisha kabidi to ».

Ciluma-cikulu kumvwacyo ne Kalewo ke na mwa kucyambulwisha to. E kutwadijacyo cyocyo nkayacyo didikebela. Kwikalacyo citentekela ngendu ne midimu ya Mikombo. Dimwe dituku kumonacyo Mikombo ubanda kuulu ku dibwa bwa kutapa ngaji. Uvwa mushiya difuma dyenda panshi. Yeye mumane kubanda, ke Ciluma-cikulu kuvwacyo kwinshi kwa dibwa cyamba ne: «leelu, ndundu watu ku dîba, nkusu byapecyanganyi ne cyala; kwena ne kwa kuya kabidi to, ngakukwaci». Ke Mikombo kucya-mbila ne: «eyowa, leelu ngadifidi mu byanza byeba; kadi wamanya, ba nsongaluma nanyi badi pabwipi apa; mvita yidi mwa kukutumuka minene, boobu bamona wewa uya nanyi; angata cibombu cidi panshi acyo, ucyunzulula, ndi nkulukilamu; kadi ubwikila ku mesu bwalu udi mwa kuvwa kupapa mushindu ungikala mudyalula pa kukuluka; uvunga wewa amu cibombu dyakamwa wasa lubilu mutangila kweba; dîba adyo kabakumona cintu kudi balunda banyi baaba to, netwepela mvita».

Wamba utuula, Ciluma-cikulu kushikula mutu dyakamwe e kubuulula cibombu. Mikombo kukulula amu cishi cya ngaji mucitangija mu cibombu, kadi kushala yeye musokomena mu malala ne mu misekeleka yivwa ku lukwabo luseka lwa dibwa. Ciluma-cikulu kuvunga amu cibombu, kwasa lubilu citangila kwitu cyenda cikedyedya. Cifika, e kuteemesha amu kapya, kwela cibombu mu kapya, e kuya cyenda cibila banyanacyo bwa kuvwa kudya nshima ya manyi. Abu bafika, benda badilaka ku mishiku, kumvwabo anu bintu bitudika mu kadilu; boobo ne «awu mesu kwatudikiwu nanku adi bungi munyi, adi atudika amu kutudika, kacya twafika apa?» Batangidila pabwipi, kumona amu ngaji eyi yitudika mu kapya. Batangila kuvwa ciluma-cikolu e kucyamba ne: «Tatu, wewa kutubiikila bwa kutulembakaja, kutuoshela ngaji; kadi imana tudi tukuleeja mudimu mpindyewu». Acyo cimona nanku, ke kwasacyo lwa manza abidi. Banyanacyo ne twetu katushadidi; kutwadijabo kwipatangana ne Ciluma-cikulu; e kubapitacyo lubilu, kuya citangila ku matunga makwabo, kuyacyo bu muyile Mbala ku Basonga.

Kutwadija ku dîba adyo, Mikombo ne bakwenda kushalabo ku macyo talalaa.

Mikombo uvwa mumanye midimu yabungi: bulembi, bu-cidima, bu-nsenda, dyasa dya nzubu, bu-songi ne bu-zodi bwa bintu. Mikombo uvwa mwambulwishi wa beena dikenga, mufidi wa mibelu kudi bônso bavwa bakeba mwa kupita ne maalu a bukwa-panu. Ke muvwa lumu lwenda lutampakana myaba yonso, ku kakese ku kakese. Mikombo uvwa mwakudi wa dilambu, mwedi wa nsumwinu wa kalanda-musenga. Nansha muvwabo bamujaadika mu bukalenga kudi musoko mujima, kavwa muuminyina ku nkwasa to; uvwa wenza midimu, usanguluja bantu ne maja ne ngoma ne misambo. Pavwa Mikombo udikwacila ngoma, muntu nansha bamwamba yeya mulema uvwa ujuuka kuulu; nansha nyama, nansha bîshishi, nansha mici ne bisosa bivwa binyungakana pavwa Mikombo utuuta ngoma.

Dimwe dituku, Mfumu kampanda wa musoko wa kule, kumvwaye lumu alu. Ke lubaabu kumukwata, e kuswaye kujimija Mikombo. Kumubiikidishaye kwenda ushima ne mbwa kumusekelela. Njila wa kuya kwa Mfumu awu uvwa mule, mwikala kabidi ne ntatu mivule. Mikombo kusangishaye beena dyenda bavwaye wenda naabo: bantu, nyama ne bîshishi; kumataye naabo mu njila.

Boobo bamana kwenda bu dituku dijima, bafika pa mwaba kampanda, e kusanganabo njila mukanga kudi mici yivwa myupuka ne cipeepela. Ke Mikombo kutumaye diyi wamba ne: «nzevu udi penyi?» Nzevu kuvwa kwitaba. Ke kumwambilaye: «leja mweba muusombela». Ke nzevu kupita kumpala e kumbusha mici yonso ayi, njila kushala mubuululuke; bantu kupita. Benda mutanci, kusanganabo pa mwaba mukwabo malenga maswikakane njila mujima, kakuyi paa kupicila. Ke Mikombo kutumaye diyi kudi Nsenji cidya-malenga. Ke nsenji kumonangana ne malenga; pambi dîba dimwe kupita, malenga bu maya muulu, bu maya panshi, njila yonso mushala amu ze ze ze, bantu kupitabo. Batungunuka ne lwendu, kusanganabo umwe mwaba, mikuna mitumbuka, kakuyi mushindu wa kupita. Mikombo kutumaye diyi kudi nyama wa njibu. Njibu kutwadijaye kwimba bwina, kutubula mukuna ne dya mwamwa. Mukalenga Mikombo kubwelaye mu bwina ne musumba wenda mujima, kupatukilabo dya mwamwa, e kutungunukabo ne lwendu. E kufikabo pa mwaba kampanda uvwa musulu munene, ne ngandu munda tente. Mikombo kutuminaye Ntanda diiyi, bwa aluka mantanda pa mutu pa mâyi. Ntanda kuditeeka ku mudimu, pamwe ne beena dyenda; pambi dîba kubwela, bukondo bujika. Mukalenga Mikombo kusabukaye, ne musumba wenda mujima.

Dishiya dya mâyi, ke kukutulabo musambo, batumbisha Mfumw’abo bamba ne: Mikomb’wa Kalewo nkayenda mudifuka, Mikomb’wa Kalewo ne mafuma ne ngabu, Mikomb’wa Kalewo ne myela mijingila Bafika mu munga musoko, kulaalabo. Mfumu wa musoko awu uvwa pende ne lubaabu bwa maalu onso avwaye umvwa a dikema. Ke kulombaye Mikombo bwa amwa-mbulwisha ku bwalu buvwabo bônso bapangila mu musoko amu. Kuvwa dibwa kampande dile ditamba, diikale ne ngaji ya mwenya wa pa bwawo. Kakuvwa muntu nansha umwe mufika ku dibanda kulu kwa dibwa adyo to. Mfumu kulombaye Mikombo ne udi mwa kubanda. Mikombo kwanyisha. Kadi Mfumu awu uvwa ne mayela mu dilomba dyende, muswa bwa kushipeya Mikombo. Awu penda mudyanza kujingulula mayela awu, ke kumwambilaye ne: «ndamina nsapu wanyi ewu, umupindakaja bu ngovi’a mwana mu cyadi cyeba». Awu kwitaba. Pakaadi Mikombo mudisema kuulu, mufika mu katongobela ka dibwa, ke Mfumu kutwadija kwela cikemu ne: «dibwa wetu lunguluka»; ke dibwa kutwadija kuleepa, dyenda dinyingalala pankaci. Mikombo umona nanku, ke kwela penda cyenda cikemu ne: «kasapu wetu nyingalala»; ke mukaba wa nsapu wende uvwabo beela kudi Mfumu wa musoko awu kutwadija kunyingalala, ukeba kumuboza cyadi. Mfumu kutwadija kwela mbila, lufu apa, mwoyo apa; kujingululaye mayela makole a Mikombo e kukudimunaye cikemu cyenda wamba ne: «dibwa wetu pwekelela»; dibwa kutwadija kupingana mwadyo mwa kala. Mikombo e kutuuluka kuulu, kwangata kasapu kenda, e kutungununabo ne lwendu; nyama, biishi, bantu byenda bimba bimusaamuna.

Kufikabo ne kwa Mfumu uvwa mumubiikile. Anu bacifikilaku, Mfumu awu kutwadija naabo ne diteeta dikole. Kudyalulaye mu cimfwanyi cya mwana mutekete, e kuya kusomba munkaci mwa baana. Uvwa ujinga se Mikombo kamumanyi to, adyanza kwela bakwabo bantu mwoyo, bwa yeye amuleeja se udi ne majimbu mapita enda, amucingisha. Kadi Mikombo umona amu muvwa bantu basomba, kamonu nkwasa wa Mfumu, yeye kubiikila Tujiji tuvwaye naatu, kututuma kumpala bwa tununkila tumvwa mwaba uvwa biseba bya nkashama ne bilaabu bya bumfumu binunka. Ke njiji kuyayo lubilu; dyakamwe kumvwayo mupuya e kwalukila kudi Mikombo kumunu-ngeeja ku dicyo mwaba uvwa Mfumu awu mubutameena. Mikombo kuyaye dyakamwa mwaba awu, e kwela «mwana» uvwa mwaba awu mwoyo. Cibingu kudila ooo, bantu kukema.

Mikombo kulaalaye ne bantu bende. Bucya, Mfumu awu uvwa mulongolole byakudya bipite bungi, mubiteekesha nseka ibidi: ku luseka lwa kumpala kuvwa byakudya bya pa ciibidilu, nshima ne tu-mayela, ne cilungalunga; ku luseka lukwabo uvwa muteekesha bya kudya bya lumu ne bya manyi: nyinyi ya nzolu, mbuji, nsenji ne nyinyi ya cisuku, kadi mwikale mweleshamu mulungu. Ke Mikombo kudyanza kutuma mbulubulu bwa kwanji kuteeta bidibwa abyo; mbulubulu kumvwaye dyakamwa mwaba uvwa mulungu e kuleejayo Mikombo muvwa buteyi abu. Mikombo ubwela ne bantu bende, kubengaye nshima ya manyi, e kudyabo amu bisekiseki ne bilunga nsenga. Mfumu wa musoko awu kukema bikole, e kukacila muvwa lungenyi lwa Mikombo lutwa.

Dituku dipita, ke Mfumu awu kujuula Mikombo ne bantu bende bwa se abendesha mu misoko yenda ya ku mpenga. Bafika mu musoko kampanda kubaakidilabo bilenga. Dîba dya kulaala, kuleejabo Mikombo wenda nzubu wa pa bwenda. Musumba uvwa Mikombo mwenda nawo kuulejabo wabo nzubu pa bule. Kadi mwaba awu uvwa mayela avwabo benza, buteyi bumana kulongolola bwa kuoshela Mikombo mu nzubu. Mumana kubajingulula, ke Mikombo kubengaye bulongolodi bwabo abu, e kubambila ne, pandi mu lwendu, ndi ndala amu nzubu umwe ne beena dyanyi bônso. Ke kuyaye kudisanga ne beena dyenda. Munda-nkulu mwa bufuku, kumvwaye amu bantu bungwija nkunyi minyungulwila nzubu mijika ne ku cibwelelu. Ke Mikombo kujuula njibu, kumuleejaye civwaye ne bwa kwenza. Njibu kuditeeka mu dyumbula bwina, bakwabo bônso batuta maloba baungwija mu matumba a nzubu. Pambi bitaala kusama, bwina butubuluka ne mu ditu divwa pabwipi. Ke bantu ba musoko awu kwela kapya ku nkunyi yivwabo bungwija bufuku minyungulwila nzubu uvwa benyi balaala. Kutwadijabo kuseka lunkenyi bamba ne: «leelu nwadimuku, leejaayi kabidi majimbu enu; mafi anucyudi leelu». Dîba adyo ke Mikombo kutuminaye bantu bende diyi, kubwelabo mu bwina kuya kupatukila mu diitu.

Bafika dya mwamwa dya diitu, kutungunukabo ne lwendu lwabo batangila kwabo, benda bimba misambo, ngoma ne byondo byenda bifwa. Beena musoko bavwa bindile ne kapya kajima bwa kuvwa kutangila muvwa beena Mikombo bandamuka makala, mbumvwamu meyi a misambo, ngoma ne byondo bisaba, benda baya batangila kwabo.

Bidimu kupita, Mikombo uvwamu muditwa ne beena dyende mu dyambulwisha bantu, mu dilongesha ne ditu-ngunuja bantu mu mwoyo. Dimwe dituku, ke cyondo cinene kumvwikacyo, cifumine kule kule, kudi kakuyi bule bwa bantu, cyondo cya kwa Maweeja-Nangila, Mfumu wa Bamfumu, Mâyi mfuk’y a Mukele, ubiikila Mikombo. Ke Mikombo kulaya beena dyenda, kubapeeshaye mibelu ya ndekeelu, ya mudi kufwa ne kuya mwoyo, ya mudi disomba dijaalama panu pa buloba, mu boobumwe ne beena Kulu. Mikombo kumataye mu njila, ulonda kuvwa mwadi wa cyondo ufumina. Njila awu uvwa mutangila ku kala kakomba, ku musoko wa Bankambwa, wa mabota ne mbotankonde bituule bipuwa, mwaba udi mwoyo mwikale anu usampila. Beena dyenda kushalabo anu bimba, bimbulula, bamba ne:

Mikomb’wa Kalewo nkayenda mudifuka....

Mikomb’wa Kalewo ne mafuma ne ngabu .....

Mikomb’wa Kalewo ne myela mijingila ...[2]

Un mythe fondateur de notre être

Voilà un mythe fondateur qui récapitule en quelque sorte le contenu de notre approche eschatologique afro-kame. On y redécouvre un message sur le muntu, Dieu Créateur, les ancêtres, le cosmos, l’au-delà, les relations entre le monde visible et le monde invisible, une conception de l’éthique et de l’engagement social. On y enseigne ce qu’il en est de l’accomplissement de l’être humain. « La coupe de la vie ne se boit pas à moitié, elle se boit jusqu’à la lie ». C’est à l’honneur de Mikombo wa Kalewo d’avoir poussé jusqu’au bout la quête de la plénitude de la vie, de s’être donné la peine de la protéger, de la respecter, de la nourrir et de la promouvoir à travers la communion avec les hommes et les femmes, les bêtes et les plantes. Il a accompli totalement sa destinée et tout ce qu’elle implique sur terre. Comme s’il n’y avait rien d’autre. Jusqu’au jour où il prit congé de ses amis en leur demandant de progresser dans l’esprit de ce qu’il avait dit, se mit en route vers le village des ancêtres, « ce village aux abords plantés de bananiers » où la vie est « pleine et florissante à jamais ».

A cet égard, la vie revêt un caractère divin et sacré. Depuis la nuit des temps, cette intuition a guidé l’éthique sociale des peuples africains. Elle consiste à comprendre que le transcendant habite tout ce qui existe et n’existe pas encore. Ce transcendant nous empêche de dire le dernier mot sur la terre, les êtres de la nature et les civilisations humaines qui demeurent sacrés et garantis par le monde des Ancêtres et de Dieu.

Dans le même ordre d’idées, l’Afrique des profondeurs attire l’attention de l’humanité sur le sens de l’Eternité. Il y a un temps fondamental dans lequel nous rendrons compte à l’Absolu de nos attitudes face à la vie, à la terre, aux humains et à l’au-delà. Il nous faut reconnaître l’esprit de Dieu dans notre intelligence des réalités humaines. Ce n’est pas une idée bête. Ce n’est pas un discours insensé, mais, dirait-on sous d’autres cieux, « un existential possible de son être ». Aura-t-on historiquement commis l’erreur d’en faire, ici et là, un élément constitutif et primordial de l’imaginaire des peuples, le lieu même où l’on apprend à l’homme qu’il ne peut s’épuiser dans sa dimension spacio-temporelle ? Il nous semble que non. L’imaginaire d’un peuple fait partie de ce qui donne sens à la vie. Il est celui de ses traditions ancestrales, faite de mythes, de contes, de proverbes, de devinettes, de généalogies, etc. Il est aussi celui de ses rêves, de ses confidences, de sa sensibilité, de ses émotions, de ses affects…, de toutes ces histoires qu’on nous impose ou nous raconte et dont nous faisons nous-mêmes le récit.

L’imaginaire est ce qui existe dans l’esprit de chacun, féconde sa pensée et ses projets. Il est le lieu où chacun emmagasine des images ou des représentations mentales chargées de joie ou de peine, d’amour ou de désespoir, etc. C’est un «modèle directeur» d’une pensée et un soubassement où l’on puise ses motivations et ses engagements.

En cela, il nous serait permis de parler du mythe fondateur de notre être qu’il convient d’illuminer en faisant de lui la lumière de l’Afrique. Celui-ci devra être rempli de « repères vitaux à découvrir ou à inventer purement et simplement, pour enseigner aux enfants (…) une histoire d’une destinée lumineuse ».

Les grands peuples ont toujours su se composer de ce mythe fondateur, d’une genèse ou d’un berceau. Il leur a été donné de se construire une origine, de l’inventer et de décider de s’engager à correspondre à ses exigences. En témoigne l’expérience des peuples du miracle grec, des peuples de l’élection divine ou des peuples du nouveau messianisme chrétien.

Relation fondamentale à la terre

Tel est, notamment en écologie, l’arrière-fond de la construction d’une pensée de la mesure (réordonnant le for intérieur sans faire l’économie des progrès réels) et de la promotion de la vie. Il ne suffit pas de réciter la Confession Négative du chapitre 125 du Livre des Morts, datant de la fin du -IIe millénaire:

Je n’ai pas pollué les eaux.

Je n'ai pas privé le petit bétail de ses herbages,

Je n'ai pas détourné l'eau en période d'inondation“.

Il faudrait devenir réellement vivificateur et co-créateur de tout ce qui est et de tout ce qui n’est pas encore. Car l’homme digne de ce nom n’est pas l’inventeur des pesticides, des insecticides, des herbicides et des parasites, mais celui qui peut se définir en ces termes :

Je suis celui qui fait croître les herbages,

qui fait reverdir les rives ...

le maître des régions désertiques,

qui fait reverdir les oueds“.

„Je fais vivre le gibier d’eau et les serpents

qui sont sur la terre / dans le monde“.

Les temps actuels ont à charge de retrouver cet esprit qui s’accorde avec le sens d’une révolution écologique envisageable qui ne fait pas la part belle aux conceptions économicistes de la vie. Une révolution qui donnerait à l’Afrique l’occasion de développer une écologie qui se laisse définir comme une science s’occupant du Devenir et de la Vie non pas de la „Maison“, mais plutôt de „Ce qui est dans la maison“, de „tout ce qui est environné, encerclé“ par le disque solaire.

Cette conception montre que l’Africain(e) ne songe pas au contenu, à la noix, quand on parle de la maison. Pour lui, on peut entretenir une „Maison” (Oikos) vide ou vidée, sans se soucier de „ses habitants” ou de „son contenu”. On peut être responsable de la maison sans être responsable de ses habitants. Certaines sociétés s’intéressent aux richesses naturelles de l’Afrique sans s’intéresser aux Africains. En s’adressant à un Africain, il faudrait utiliser la métaphore de ce qui est indispensable, de l’essentiel. La maison n’est pas indispensable. Quand il fait chaud, on peut dormir à l’extérieur[3].

Il n’est pas concevable de parler des Africains sans avoir pris la mesure de leur relation fondamentale à la terre. Sans la terre, sans la biosphère, aucun projet ne peut être envisagé. Mais la terre crie qu’elle est épuisée, agressée de façon systématique. Elle gémit et dépérit à travers les pollutions qui prolifèrent, les forêts qu’on détruit et l’air qu’on empoisonne. C’est une situation très grave qui interroge en profondeur tout citoyen d’Afrique dans les lieux de la terre où la dégradation de la création s’accélère.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que ces questions d’environnement ne sont pas extérieures à la théologie bantu. Ne dit-on pas : Buloba ki bula kumushinga, buloba ki busumba kudi muntu, buloba bwa Zambi (la terre n’a pas de prix, personne ne l’a achetée, elle appartient à Dieu). Cela ramène à souligner que le rapport du muntu avec l’arbre, l’eau, l’air et le sol ne peut être articulé avec rigueur que dans la mesure où l’on s’inscrit dans l’horizon des êtres créés à l’image de Dieu et appelés à mener une vie de communion et de responsabilité avec les Ancêtres. Il y a là une perspective qui donne à la réflexion une densité vitale, car elle permet à la terre d’échapper à la domination et à la cupidité de l’être humain. Il faut que la terre-mère soit destinée à rendre gloire au Créateur[

 


[1] KABASELE LUMBALA, F., Renouer avec ses racines. Chemins d’inculturation, Paris, Karthala, 2005, p. 152-166.

[2] KADIMA KADIANGANDU, Mikombu wa Kalewu Nkayenda Mudidifuke, Paris, Giraf, 1999.

[3] Selon une approche occidentale, l’écologie est un terme actuellement en vogue. C’est un néologisme composé de „Maison“ et de "parole, discours, enseignement“. La maison est prise comme métaphore de „l’espace au sein duquel ek-sistent les êtres (vivants)“ (untu, ntu, onto), donc comme une métaphore de la terre ou du monde des êtres sensibles Le discours politique utilise surtout le terme Environnement, en allemand „Umwelt“. C’est ainsi qu’on parle du Ministère de l’Environnement, Minister of Environment, Umweltminister, etc. Le terme Environnement renvoie à ce qui nous encercle, ce qui nous entoure, donc à une série d’autres concepts. Je pense ici aux concepts suivants : géosphère, biosphère, écosphère et technosphère. Cette multiplicité de sphères possibles nous révèle l’ambiguïté du terme environnement, et par conséquent, du terme écologie. Les dimensions du cercle, de la sphère ou de la maison demeurent dans l’ombre, sont très vagues et très élastiques. De ce premier sens, on est passé à un usage plus scientifique du terme environnement. Selon Wikipédia : «La première définition technique anglo-saxonne de ‘environment’ est apparue dans les années 1920 : conditions naturelles (physiques, chimiques, biologiques) et culturelles (sociologiques) susceptibles d'agir sur tous les organismes vivants et les activités humaines. Puis l'utilisation du vocable ‘environnement’ s'est développée à partir des années 1960 pour englober et signifier actuellement les ressources naturelles biotiques (faune, flore) et abiotiques (air, eau, sol) et leurs interactions réciproques, les aspects caractéristiques du paysage et les biens que composent l'héritage culturel». Ce dernier usage tente tout simplement d’expliciter les éléments biotiques et abiotiques qui encerclent, entourent, environnent l’Homme. Ce dernier les considère comme des ressources, des moyens, des richesses qui sont à son service, à sa disposition. Cette définition est hautement anthropocentriste. La science qui s’occupe de la gestion des ressources naturelles s’appelle l’économie. Dans ce sens, on peut dire que l’écologie étudie, inventorie, identifie les ressources naturelles que l’économie gère (Vers une révolution écologique ?, in Suara, n° 32, p. 7).

[4] Le philosophe Bilolo Mubabinge de mettre en exergue le statut théologique de la terre africaine : CiKam ou Egypte était nommée « La Terre Très Sainte » (…), et que Horapollon confirme cette donnée en ajoutant que CiKam est au « milieu de la terre habitée » (…) ? Savez-vous que Pseudo-Apulée présente Cikam comme « le temple du monde entier » et comme « le reflet du ciel ». Les Écrits de l’Égypte sont « très saints » et « très divins ». Ils sont non seulement les « paroles/écrits de Dieu », mais « Paroles de Dieu-Très-Divin » (Ntr-ntry). Savez-vous que CiKam ou BuKam était aussi appelé T3-Mry « La Terre-Aimée (de Dieu) », ou pour y ajouter les connotations sémantiques luba « Terre de la Rectitude, de la Justice, de la Vérité » (Dya-Malelela ; Cyamalela) et « Terre de l’Amour, de l’Amitié et de la Fraternité » (Dya-Malela / Dya-Malanda) ? Enfin, savez-vous que l’Afrique Sud-Saharienne, appelée Ethiopie, nom provenant probablement de Cypya, Cipye, nom signifiant : « La Nouveauté, Terre Nouvelle », «Ce qui est mûr, Terre de la maturité (spirituelle et humaine)», « Ce qui est bien cuit, bien cuisiné » et « Corde à Trois fils, Terre de la Trinité », était pour les Grecs la « Terre des dieux », le « Royaume Divin » ? Ne pensez-vous pas que ces noms sont révélateurs de l’Identité Spirituelle Africaine et du rapport entre Dieu et l’Afrique ? (lire Théologie de la « Terre Très Sainte » Cikam ou BuKam, in Congoscopie.be, 9 sept. 2009).
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