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Réponse de Maurice Ndjond’a Ngele à Sylvain Balonga A propos du sous-bassement historique dans Le Destin d’Esisi, fiction romanesque de TEDANGA Ipota Bembela PDF Imprimer E-mail
Écrit par Maurice Ndjond’a Ngele Historien de formation   
Dimanche, 21 Février 2010 00:00

Ma satisfaction est grande en considérant l’intérêt qu’a suscité ma recension de l’ouvrage de TEDANGA au regard de la promptitude avec laquelle le débat vient d’être lancé par en particulier Sylvain Balonga qui publie sur cette tribune un texte intitulé : Réponse à Maurice Ndjond’a Ngele. A propos du sous-bassement historique dans Le Destin d’Esisi, fiction romanesque de TEDANGA Ipota Bembela.

Balonga introduit son texte en disant que, à travers mon commentaire, la fiction est en passe de devenir une réalité et surtout une réalité historique, ce qui est inadmissible selon lui d’un point de vue scientifique. Sans risque d’être démenti, je réponds qu’au-delà là de la fiction, le texte de TEDANGA fait un clin d’œil à l’histoire de la contrée, laisse entrevoir des non dits et lorgne suffisamment sur la culture du peuple concerné, culture dont l’auteur est inévitablement empreint en tant que fils du pays. C’est pourquoi, en parlant du sous-bassement historique dans le roman Le Destin d’Esisi et en ma qualité d’historien de formation, j’étais d’office sorti de l’imaginaire romanesque de l’auteur pour embrasser les réalités du décor spatio-temporel dans lequel se déroule l’intrigue du roman.

 

La lecture de l’ouvrage Le Destin d’Esisi m’a donc conduit à plancher sur la question du pouvoir coutumier actuel dans la chefferie NDENGESE-IKOLOMBE-ISOLU, espace dans lequel se déroule l’intrigue du texte de TEDANGA. Je m’interroge en particulier sur la question de l’authenticité et de la légitimité de ce pouvoir coutumier même s’il est vrai que le roman n’aborde pas la question telle quelle. Ma recension a souligné également la question de l’origine septentrionale du clan Bushong, bâtisseur du royaume Kuba  (« BOSENG’etoci (Musheng’etoci) à BOSENG’A Nyimi), question cette fois largement évoquée dans le roman en question. J’ai aussi parlé brièvement de la révolte de NSIMB’ITOYI en tant que réalité gravitant autour de notre thématique et à laquelle le texte romanesque ne fait pas allusion.

Je suis d’accord avec Balonga pour dire, comme il l’écrit, que le roman retrace un passé lointain et imaginaire des Ndengese tout en faisant un clin d’œil à leurs voisins et qu’il souligne les valeurs culturelles des Ndengese au travers des personnages imaginés par l’auteur. En dehors de l’espace et des valeurs culturelles, les faits évoqués et les personnages ainsi que les histoires relatées sont totalement le fruit de l’imagination de l’auteur qui, dans son génie créateur et avec la facilité de son verbe, a su rendre une certaine vivacité à son roman. Mais je ne dirai pas, comme lui, que c’est cette vivacité qui fait croire à un lecteur avisé comme moi que les récits développés sont des vérités historiques car je distingue parfaitement bien ce qui est fiction de ce qui se réfère à l’histoire.

Voici une affirmation de mon contradicteur Balonga, affirmation que je vais réfuter ci-dessous : « Comme tous les peuples de la forêt, les Ndengese n’ont jamais eu une organisation politique centralisée et structurée. Le royaume Ndengese n’a jamais existé. Le pouvoir était clanique et personne ne l’exerçait en dehors de son clan. Les groupements actuels, bien que reflétant la réalité de nos différences, ils sont le fruit des enquêtes menées par les colonialistes, qui, en ayant le souci d’asseoir une organisation structurée pour les besoins de l’administration seront amenés à désigner à la tête des groupements des responsables parmi les personnes influentes, propriétaires terriens. C’est à partir de ces groupements que sortira la création de la chefferie, œuvre coloniale par excellence ».

L’organisation politique des Ndengese se structure effectivement au niveau du village en clans et familles disposant d’un espace connu et appartenant à la communauté sous l’autorité du dignitaire local, un Etoci fondateur du village et disposant d’un appareil judiciaire élaboré appelé ISENDJEY. Le dignitaire disposait, pour sa sécurité et celle de ses administrés, d’agents de l’ordre appelés Toyolo tandis que ses administrés lui payaient un tribut.

Selon des études récentes et notamment selon celle du professeur NDAYWEL-E-NZIEM, cette fragmentation du pouvoir chez les Mongo est due, tout au long de leurs parcours, au phénomène dit de « LOKAPA KOPO ». Ce fut un phénomène désintégrateur en ce qu’il a favorisé toutes les scissions qui s’opéraient dans le groupe initial. En effet, le pouvoir était symbolisé par la détention du kaolin initial et la séparation était entérinée par le partage de ce kaolin initial dont le partant emportait une part qui lui octroyait les mêmes pouvoir et droits que le détenteur d’origine.

Si effectivement et en apparence l’organisation politique se structurait au niveau des villages, des clans et des familles, cela n’entrait pas en contradiction avec l’existence d’une organisation centralisée au travers de l’institution etoci, de la langue, de la coutume c’est-à-dire de la loi reconnue par tous et du fait que tous ces villages, clans et familles se reconnaissaient comme formant un seul et même peuple, les Ndengese Bolamba, une identité opposable à d’autres comme les Iyadjima, Isodvu, Ikolombe, Ohendo, Ikela, Indanga. Le pouvoir à tous les niveaux était exercé par un etoci. La légitimité du pouvoir venait de l’institution etoci. Or tous les anciens reconnaissaient la primauté de l’etoci de Bosenge. Ce dernier était une sorte de primus inter pares. D’ailleurs le village de Bosenge se désigne autrement Boseng’Etoci pour dire que l’institution d’etoci a été créée dans cette localité et que l’etoci de Bosenge est reconnu comme l’aîné même s’il ne dirige pas au quotidien des villages situés dans le lointain. Il y avait donc une centralisation latente de l’organisation politique. Etoci est la source du pouvoir chez les Ndengese.

C’est cette uniformité culturelle, politique, judiciaire, linguistique, coutumière, morale et cette primauté d’Ikongambongo, etoci de Bosenge, qui permettent à l’auteur du roman d’imaginer un royaume centralisé dirigé par un roi. C’est parce que les Ndengese Bolamba se reconnaissent comme un et comme obéissant à une seule loi et à un seul roi même virtuel que la lecture du roman ne les surprend pas. Nous allons plus loin en disant que l’auteur n’a pu organiser le microcosme de son roman que grâce à sa connaissance de l’organisation effective et virtuelle de sa nation. Nous y revenons.

Balonga enfonce le clou plus loin en affirmant ce qui suit : « C’est dire que le pouvoir coutumier à Dekese n’a pas été exercé antérieurement par un quelconque dignitaire qui aurait été floué au profit du tenant du pouvoir actuel. L’exercice du pouvoir coutumier organisé commence avec la colonisation. Avant cette dernière, chacun vivait chez soi et personne n’avait une quelconque autorité sur l’autre. Cela est d’autant plus vrai que personne ne peut circonscrire dans le temps et dans l’espace la période de l’organisation d’un pouvoir centralisé chez les Ndengese avant l’arrivée du colonisateur ».

Je réplique en disant que la tradition des Ndengese Bolamba permet de savoir que tous les chefs de clans aînés sont investis du pouvoir d’etoci et que le tenant aîné de tous les Toci est l’etoci de Bosenge c’est-à-dire IKOMNGAMBONGO à cette époque. Même si, aujourd’hui, ils ne le disent pas volontiers par crainte des représailles, tous les anciens chez les Ndengese Bolamba savent que le personnage historique d’IKONGAMBONGO, etoci de Bosenge et reconnu aîné de tous les Toci, a été évincé du pouvoir de la manière que nous allons analyser. Le nier, ce serait vider l’histoire de ce peuple de toute sa substance et la désincarner totalement. La centralisation du pouvoir est virtuelle à travers la soumission à une seule loi, à une même culture, aux mêmes institutions et à la primauté de l’Etoci de Bosenge. Lorsque, à l’époque, furent annoncées les fameuses assises des notabilités ndengese, le colonisateur a été contraint de les faire tenir à BOSENGE, siège d’IKONGAMBONGO, source de légitimité d’etoci. Ces assises ne pouvaient pas se tenir ailleurs. C’est une preuve supplémentaire de la primauté de Bosenge et d’Etoci IKONGAMBONGO.

On sait que le futur grand chef IKONGANSAMO (qui n’était pas etoci et qui n’était pas invité) s’empressa de se faire investir etoci. Pourquoi ? Parce qu’il savait pertinemment bien que la source du pouvoir chez les Ndengese, c’est l’institution etoci. En outre, à l’approche du départ en retraite de ce Grand Chef IKONGANSAMO, son fils aîné et successeur virtuel LOOMBA André, se fit investir etoci pour la même raison. A la mort de ce dernier, deux frères rivaux BOKELE IKONSAMO et SIKI se disputaient sa succession. L’on vit également avec quel empressement les deux s’étaient fait etoci. Pourquoi ? Parce que la légitimité du pouvoir tire sa source de l’institution etoci. Monsieur BALONGA reconnaît d’ailleurs l’antiquité du pouvoir d’etoci lorsqu’il frise la fiction et l’irréel en affirmant que l’avènement d’etoci est antérieur à la création des Ndengese comme peuple.

J’en profite pour signaler que la question du port de la médaille est un fait que Balonga, partisan du chef IKONGANSAMO, aurait du taire. Car il s’agit, dans le chef d’IKONGANSAMO, d’un vil cas d’escroquerie au détriment de son frère aîné ITUKU BOSONGO. N’ayant pas été invité aux assises de Bosenge, IKONGANSAMO a réussi à se faufiler après avoir pipé les dés à son frère aîné ITUKU BOSONGO, chef fondateur du clan de Bosango aîné des Ngelendjale. IKONGANSAMO a, par des détours habiles, subtilisé à son frère la médaille qui lui avait été décernée longtemps avant et se présenta à ce titre aux assises de Bosenge sans en avoir qualité. La présence du jeune IKONGANSAMO a été critiquée en raison du fait que les invités aux assises étaient constitués de gérontes c’est-à-dire de personnes ayant un certain âge. A la veille de l’indépendance, ce problème fut soulevé par les successeurs d’ITUKU BOSONGO. Les Ndengese furent témoins des laborieuses négociations qui contraignirent IKONGANSAMO à céder définitivement le groupement à la famille abusée. C’est ainsi que feu Hubert ITUKU devint à l’époque chef de groupement des Ngelendjale.

Je voudrais réfuter l’affirmation de Balonga selon laquelle les groupements actuels sont le fruit des enquêtes menées par le colonisateur. Avant l’arrivée de ce dernier, le peuple des Ndengese Bolamba étaient déjà subdivisés en huit sous-ensembles : Itende, Ngandeolo, Ikongolo, Veekfu, Ndombolongo, Ngele Ndjale, Ngelokenye et Cike. Ces subdivisions ethniques se reflètent même au plan linguistique et jusqu’à ce jour. Les groupements actuels n’ont donc pas été façonnés ou décrétés par le colonisateur. Ils s’étaient constitués tout naturellement à la faveur des flux migratoires issus de IDJI LOKAPA KOPO. L’administration coloniale a repéré ces différentes structures sub-ethniques préexistantes et s’en est servi pour asseoir sa domination. Ce que dit Balonga est une véritable hérésie historique.

Lorsque nous affirmons que la légitimité du pouvoir coutumier ne pouvait se concevoir en dehors d’IKONGAMBONGO, c’est en fait en partant de l’évidence que l’organisation politique des Ndengese était sous l’empire d’etoci émanation d’IKONGAMBONGO résidant à BOSENG’ETOCI.

La présence de plusieurs etoci dans un même village ne s’oppose pas à la détention réelle du pouvoir et ne compromet rien. Elle procède de l’attrait que ce pouvoir exerçait auprès de la population. En effet, pour tout homme sérieux, la question identitaire est capitale. Toute dissimulation de son identité réelle témoigne d’une carence de direction en matière idéologique. Pour admettre quiconque au sein de l’institution etoci les Ndengese enquêtaient pour savoir si le postulant était d’ascendance servile ou s’il était un homme libre. Avant de consacrer quiconque etoci, on devait déterminer ou connaître si ses parents sont réellement ses géniteurs. L’investiture d’Etoci permettait d’attester de l’identité d’un individu ou de sa qualité d’homme libre. C’est pourquoi certains individus ont pu s’en servir comme une blanchisserie pour asseoir la pureté de leur origine sociale. Parfois et suite à ce phénomène, il se produisait une inflation d’Etoci dans un village donné. Même dans ce cas, seul l’Etoci du clan aîné avait l’imperium : il présidait l’appareil judiciaire ISENDJEY et disposait de toyolo commis à sa sécurité et à celle des administrés qui lui payaient un tribut appelé « beki » en guise de reconnaissance.

Sylvain Balonga est très fier de raconter que le Grand Chef IKONGANSAMO a su lire et écrire sans être allé à l’école. Je dois dire que je ne vois pas ce que cette mention apporte à ce débat. De toute manière, le chef n’a pu savoir lire, écrire et modeler sa signature que durant l’exercice de ses futures fonctions et pour des besoins administratifs. Il n’est pas nécessaire d’aller à l’école pour savoir lire et écrire. En plus et certes, on a vu IKONGANSAMO lire et signer son nom mais on ne possède pas de textes conçus et rédigés par lui.

Grâce à ses relations antérieures parmi les Blancs, IKONGANSAMO, futur chef de la chefferie par la volonté du colonisateur, fut désigné interprète des assises de Bosenge. Habilement, il s’employa à dénaturer les déclarations d’IKONGAMBONGO, à attirer l’attention du colonisateur sur l’hostilité au relent nationaliste d’IKONGAMBO et à se présenter lui-même comme étant disposé à faire usage de la chicotte et à réprimer implacablement les Ndengese réputés pour leur insubordination. C’est cette supercherie et cette trahison des Ndengese qui firent pencher la balance du côté d’IKONGANSAMO. L’erreur n’avait donc pas été évitée de justesse comme l’affirme Sylvain Balonga. Au contraire, elle fut commise au grand dam de la coutume et de la communauté tout entière.

La sagesse recommande d’éviter des déclarations du type « jamais » : il faut une légère dose de candeur et de vérité dans la pratique historique. Si le royaume des Ndengese n’a pas existé avant la colonisation, il faut souligner que ces mêmes Ndengese avaient leur organisation : clanique, structurée en familles et villages, une même langue, une même culture, une origine commune, une référence à un même Ancêtre éponyme. Même un troupeau a un chef et une meute le sien. Les Ndengese avaient leurs chefs : ils s’appelaient Etoci … Parmi les Toci, c’est celui de Bosenge qui avait la primauté. Est-ce la colonisation qui a structuré le peuple en groupements ? Que non ! Elle a tout simplement calqué son organisation sur les clans préexistants. Le pouvoir coutumier se constate, se reconnaît, se découvre. Il ne s’octroie pas, il ne se décrète pas. Le colonisateur n’avait pas à octroyer un pouvoir qui lui est antérieur. C’est pourquoi, prenant en compte l’antériorité et l’inaliénabilité de ce pouvoir, le décret du 06 octobre 1891 parle de la « reconnaissance » des chefs indigènes comme collaborateurs du pouvoir colonial et celui du 06 juin 1906 affirme que la chefferie est reconnue. Pour récompenser ses braves « serviteurs », le pouvoir colonial a décidé de les imposer comme Grands Chefs coutumiers et comme chefs de secteur, circonscription artificielle non régie par la coutume et pour que cela ne heurte pas la coutume. Le fait de nommer IKONGANSAMO chef « Coutumier » indique une reconnaissance explicite de l’existence antérieure de la coutume, de la loi ancestrale qui a régi la nation ndengese.

L’histoire a ses lois qui procèdent au filtrage serré de tout témoignage avant d’établir la véracité des faits. L’erreur de notre contradicteur est d’avoir pris pour argent comptant la version de la cour cheffale et de s’être cramponné sur des témoignages excessivement laudatifs et sur des faits notoirement anodins mais au total dénués de toute portée historique.

La chefferie érigée par le colonisateur est une structure destinée à servir d’appui à la politique coloniale. Aujourd’hui après l’indépendance du Congo, cette sorte de chefferie non voulue par la coutume a été vidée de toute sa raison d’être et devrait de ce fait disparaître comme le système qui l’a décrété. Cette coquille vide continue à fonctionner pour la seule subsistance du chef et la survie de sa cour. La chefferie est demeurée sans vision du bien-être de la communauté. Ce faisant, il est impératif que des relations de type suzerain - vassaux laissent la place à celle de dirigeant - administrés et que les Ikolombe et les Isolu soient exonérés de rachat de tribut et de tout ce qui s’y apparente pour autant qu’ils n’ont été ni sujets, ni vaincus, ni achetés mais injustement inféodés à une chefferie artificielle par le pouvoir colonial. Cette chefferie, c’est celle dénommée chefferie des NDENGESE-IKOLOMBE-ISOLU. Avant l’intervention et l’ingérence du colonisateur, IKOLOMBE et ISOLU avaient leurs organisations politiques indépendantes et ne dépendaient nullement du pouvoir coutumier des Ndengese. C’est cela l’histoire.

Contrairement à ce qu’affirme Balonga Sylvain, la révolte de NSIMBITOYI en 1931 et celle de La jeunesse lumumbiste en 1960 furent bel bien dirigées contre le chef IKONGANSAMO et donc contre l’ordre institué par le colonisateur. Il n’est pas exact de dire que la révolte de 1931 découle uniquement des exactions de l’exploitation du caoutchouc datant de la période léopoldienne. Comme la célèbre révolte des Pende autour des années 30 et comme toutes les autres révoltes généralisées à travers le Congo belge, la révolte de NSIMBITOYI est une contestation subséquente aux investitures et intronisations hasardeuses des chefs indigènes. En 1960 juste après le départ des Européens considérés comme les béquilles du chef IKONGANSAMO, la jeunesse du Nord de Dekese a pris d’assaut le chef-lieu du territoire dans l’unique but de se débarrasser d’IKONGANSAMO considéré par eux comme un imposteur imposé chef coutumier par les Blancs. Toute personne désireuse de s’instruire n’a qu’à lire le rapport de M. CH. SHILLINGS qui éclaire largement sur cette question de la prétendue légitimité du chef IKONGANSAMO et sur sa gestion implacable.

Le fait que Balonga Sylvain soit si fier d’affirmer le caractère néocolonial d’IKONGANSAMO paraît surréaliste. Cette attitude est celle du réformisme en politique. Je propose à mon contradicteur de méditer sur cette réaction des deux Congolais par rapport à de telles attitudes : « (…) quiconque en appellera toujours à un maître pour faire face aux instances dans lesquelles se trouve engagé le destin de sa survie, se voue, par ce fait même, à la perpétuation de son esclavage. Car alors le maître définira pour lui non seulement ses raisons mais aussi les moyens de vivre et les limites dans lesquelles le maître pourra tolérer que se déploient les facultés dont l’esclave se trouve doté» .  De tels Congolais réactionnaires qualifiés à l’époque d’évolués, selon la terminologie coloniale belge, (…) ont, sans doute, adressé à leurs souteneurs coloniaux, cette supplique surréaliste que Ch. A. Diop fait dire à un supposé suppôt néo-colonisé : « Nous sommes vos fils spirituels …, votre émanation noire ; faites de nous à temps les dépositaires de vos intérêts (…) moraux, [économiques, etc.] et la situation sera sauvée ! On ne vous verra plus, bien que vous soyez encore là ; nous servirons d’écran ; ce ne sera plus vous, mais nous, Africains, contre d’autres Africains, qui défendrons vos idéaux» .  On ne peut s’empêcher, en évoquant tout cela, de penser à un ancien parti politique congolais appelé P.N.P. (Parti National du Progrès) auquel la gouaille populaire kinoise

avait collé le sobriquet de « Parti des Nègres Payés » pour fustiger ses positions rétrogrades. Le chef IKONGANSAMO a adhéré évidemment à ce parti dirigé au plan national par des relais réformateurs, véritables satrapes au verbe désorienteur «nationaliste » (F. Fanon) et véritable mouvance réactionnaire opposée, avec la bénédiction du néocolonialisme triomphant, à la fraction nationaliste congolaise. C’est pourquoi la jeunesse du Nord de Dekese nationaliste de manière écrasante était opposée à l’attitude politique réactionnaire chef IKONGANSAMO.

 


 

NGWEY, N.N. et ATOMATE, E.N.A.A., « Tradition et modernité face au problème de développement », dans Conception africaine et conditions de développement. Actes du 1er Séminaire Interrégional de Mbeo du 21 au 23 avril, Recherches philosophiques africaines 14, Kinshasa, 1989, FCT, p. 71.

 

DIOP Ch., Civilisation ou barbarie : anthropologie sans complaisance, Paris et Dakar, Présence Africaine, 1981, p. 49.

Ethnique dérivé de Kinshasa, nom de la capitale de la R.D. du Congo.

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