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Les entraves à la démocratisation de la RD Congo. Conférence tenue à Bruxelles le 19 mars 2010 PDF Imprimer E-mail
Écrit par Jean-Pierre Mbelu   
Lundi, 22 Mars 2010 16:47

Il m’a été proposé d’aborder la question des entraves à la démocratisation de la RD Congo. Ce titre m’a incité à poser certaines questions préliminaires : « Qui, depuis 1960, tente de démocratiser notre pays ? Comment et pourquoi ? Les Congolais(es) sont-ils les acteurs de premier plan de tout ce qui se passe chez eux ?

A mes yeux, la question des entraves à la démocratisation de notre pays invite à une relecture de notre histoire en tant que peuple.

Dans ma relecture de cette histoire, de la traite négrière en passant par la colonisation et nos cinquante ans d’indépendance, j’ai cru déceler quelques constantes. Celles-ci me poussent à traiter prioritairement des entraves à la liberté, à l’égalité et à la confiance mutuelle ; des entraves à l’épanouissement de la dignité humaine, bases indispensables de l’émancipation (démocratique) des peuples.


Les entraves


A mon avis (discutable), les entraves à ces valeurs essentielles chez nous sont entre autres:


I. L’expansion du capitalisme du désastre[1], ce système du tout marché privilégiant la production des biens et des services à moindre coût et le profit à tout prix et prospérant là où la mort et ses dégâts collatéraux sont semés. Souvent, si pas toujours, plusieurs hommes et femmes politiques du Nord et du Sud, de l’Est et de l’Ouest de notre monde sont « les missionnaires » de cette nouvelle religion. Comment procèdent-ils pour que triomphe le capitalisme du désastre chez nous? Ils ont deux armes : la guerre (froide, tiède, chaude) et l’entretien de la dette extérieure de notre pays.

Explicitons  un peu. Des travaux forcés et des mains coupés de la période léopoldienne et coloniale en passant par la dictature de Mobutu, la guerre des aventuriers de l’AFDL, du RCD et du CNDP instrumentalisés par Museveni, Kagame[2], Kabila Joseph et leurs parrains occidentaux (et leurs trans et multinationales[3]), deux constantes se dégagent : le sang des Congolais versé et l’entretien de la dette extérieure. Le capitalisme du désastre orchestre les guerres comme moyen d’accès aux matières premières stratégiques[4]. Il instrumentalise les médias et les institutions dites démocratiques à son profit. Il triomphe là où triomphe la cupidité[5] (la mangeoire) comme signe visible d’un individualisme et d’un matérialisme exacerbés. Son triomphe détruit la confiance entre les gouvernants et les gouvernés et promeut les ploutocrates. (Les différents rapports des « Commissions parlementaires » du Congo sont éloquents à ce sujet. La Commission Lutundula mérite d’être citée même si toutes les conséquences n’ont pas été tirés du travail qu’il a abattu.)

Le capitalisme du désastre perpétue la logique rivalitaire et les divisions. Les valets dont il se sert sont souvent des pions interchangeables. (A ce point nommé, il nous faudra un grand esprit de discernement quand nous luttons pour le changement d’acteurs politiques chez nous. Souvent St Pierre est déshabillé au profit de Saint Paul. La question devrait toujours être de savoir si nous sommes les véritables acteurs de notre histoire, les acteurs de nos choix.)


II. La démission et/ ou la compromission d’un bon nombre de nos élites politiques, socio-culturelles et religieuses aux dépens des luttes menées par Kasavubu (gestion idoine de la chose publique), par Lumumba(lutte ardente pour la liberté et l’égalité), par Kimbangu, Malula, Muzihiriwa et Kataliko (lutte pour le triomphe de la vérité et de la fraternité sans frontière). Ceci est consécutif à la perte de confiance de ces élites en elles-mêmes et en leur capacité de se convertir en acteurs de premier plan[6] de leur destinée et de convertir leur milieu en un espace de bonheur collectif à partager.


III. L’ignorance comme conséquence d’un appauvrissement anthropologique (c’est-à-dire un appauvrissement à la fois matériel, politique, culturel, social et spirituel) produit par les deux premières entraves. (Un exemple. Dans un pays où le soleil est gratuit du premier janvier au 31 décembre, où les cours d’eau existent partout, nos villages et villes manquent de courant électrique par la faute des valets du capitalisme du désastre. Et pourtant, avoir le courant électrique permet de créer du travail et pousse à l’étude. Avoir un travail ou une entreprise permet de disposer de ses moyens matériels propres, de se former et d’envoyer ses enfants à l’école. Ne pas avoir ce courant peut maintenir tout un peuple dans l’obscurité, dans la pauvreté matérielle et dans l’obscurantisme intellectuel et spirituel dont profitent les pasteurs de tout bord et les carriéristes politiques, « les nouveaux prédateurs »).


Que faire ?


Travailler de manière permanente, à court, moyen et long terme à la maîtrise de ces entraves et au renversement des rapports de force afin de rompre prioritairement avec le capitalisme du désastre. Comment ? En identifiant ses acteurs majeurs (et mineurs) et les réseaux dont ils se servent pour son expansion et en créant et/ou en rejoignant des réseaux anti-capitalistes existants afin de mener une lutte commune pour un autre monde possible.

La lutte pour la liberté, l’égalité, la confiance mutuelle et la dignité humaine a une dimension internationale qu’il ne faut pas négliger dans nos luttes internes.


En interne, nous organiser en un grand front uni de résistance contre l’expansion du capitalisme du désastre nous exigera de constituer, en permanence, à partir du « petit reste », un leadership collectif (c’est-à-dire un ensemble d’acteurs politico-économiques, socio-culturels et spirituels prêts à la rupture avec un passé de misère et aux sacrifices, croyant dans les valeurs de la vie telles que la liberté, la paix, l’égalité, la solidarité et la confiance mutuelle) décidé à travailler en synergie avec nos masses populaires (à partir de nos villages et de nos communes). Et cela à terme. Ce leaderrship est contraint d’avoir des ramifications africaines (et même mondiales).

Ici, l’immédiatisme est un mauvais conseiller. Il confond vitesse et précipitation.

Recréer l’école et d’autres tiers-lieux où l’étude, l’éducation et la formation à la citoyenneté sont des priorités indiscutables.


A mon humble avis (discutable), nous nous trompons sérieusement quand nous croyons en la fin de la guerre (froide) menée par « les petites mains du capital » et dans le début de la période de la démocratisation de nos pays d’Afrique à partir des années 90 (après la chute du mûr de Berlin). Dire cela ne signifie pas que nous soyons engagés, comme plusieurs peuples du monde, dans la lutte pour que notre pays se démocratise. La contribution d’Etienne Tshisekedi à cette lutte ne peut être ignorée. Mais il me semble que, souvent,  nous obéissons beaucoup plus aux injonctions extérieures que nous ne répondons aux questions réelles que posent notre décolonisation manquée et le viol de l’imaginaire dont plusieurs d’entre nous souffrent.

Face à cette lecture et relecture biaisée de notre histoire, moi j’opte pour la philosophie du londeshila londeshila, (tshilembi londeshila londeshila, londeshila pa kapasu, pa kanyi ka tutele, nanku kele katwe mu nyama). Un chasseur qui veut que sa chasse porte du fruit doit avoir des repères. Quels sont les nôtres ?


Je vous remercie.





[1] Lire N. KLEIN, La stratégie du choc. La montée du capitalisme du désastre, Actes du Sud, 2008, 667p. Le livre d’Isabelle Stengers et de P. Pignarre intitulé La sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoûtement, Paris, La découverte, 2005, peut être d’un très grand apport dans la compréhension du mode de fonctionnement du capitalisme, de la façon dont il mange les cœurs et les esprits. C’est-à-dire de la façon dont il viole nos imaginaires en se rendant a-historique et indépassable.

[2] Lire C. ONANA, Ces tueurs Tutsi. Au cœur de la tragédie congolaise, Paris, Duboiris, 319 p.

[3] Lire A. DENAULT, D. ABADIE et W. SACHER, Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique, Montréal, Ecosociété, 2008, 348 p. Lire aussi J.-C. WILLAME, Les faiseurs de paix au Congo. Gestion d’une crise internationale dans un Etat sous-tutelle, Bruxelles, Grip, 2007,217 p.

[4] Lire M. COLLON, Bush le cyclone, Bruxelles, Oser dire, 2006, 75 p.

[5] Lire J.E. STIGLITZ, Le triomphe de la cupidité, Les liens qui libèrent, 2010, 273 p.

[6] Sur cette question d’acteurs, il serait intéressant de lire le livre publié par Jean-Pierre BADIDIKE et intitulé Guerre et droits de l’homme en République Démocratique du Congo. Regard du Groupe Justice et Libération, Paris, L’Harmattan, 2009, 270 p.



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