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SI LE CONGO S’EVEILLE… Les atouts de notre pays pour sa nouvelle indépendance PDF Imprimer E-mail
Écrit par Kä Mana   
Lundi, 29 Mars 2010 20:08


« Si le Congo s’éveille, a dit un jour le philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga, toute l’Afrique ressuscitera. » Je réfléchis à cette affirmation depuis que je l’ai entendue et j’essaie d’en percevoir le sens. Je médite constamment le souffle qui la porte et je tente d’en faire germer la force fécondatrice dans la conscience congolaise pour que nous créiions dans notre pays le dynamisme d’éveil et de résurrection auquel nous convie Eboussi Boulaga. La présente réflexion est consacrée à cette tâche, en ce moment où la nation entière est préoccupée par la signification à donner à la célébration de l’indépendance de notre nation.


 Ce que le philosophe camerounais a voulu dire

 

 Observateur attentif des sociétés africaines depuis de longues années et analyste perspicace de la situation congolaise depuis les années 1970, le philosophe camerounais sait qu’il existe sur notre sol national congolais un génie qu’il est indispensable de redécouvrir, de revitaliser, de redynamiser et de faire rayonner pour que notre nation soit à la hauteur des espoirs qu’elle a suscités partout en Afrique dès l’aube des indépendances des pays africains. Il connaît tout ce que le Congo possède comme atouts humains et comme ressources naturelles et matérielles dans un continent dont ce pays peut être, s’il s’éveille, le moteur et le levier des transformations profondes et positives.

 S’il sent le besoin de nous rendre attentifs, nous Congolais, à l’exigence de notre éveil et de notre sursaut, c’est que le penseur camerounais est convaincu que tous ces atouts et toutes ces ressources dont regorge le Congo sont en somnolence maintenant, brisés complètement dans leur dynamisme créateur. On peut même dire qu’il voit en quoi les Congolais ont perdu la conscience de leurs forces et comment ils mènent aujourd’hui une vie de somnambules dans un monde où pourtant tout peut leur être favorable s’ils se rendent compte de larges marges de manœuvre dont ils disposent face aux enjeux du futur.

 Ce qu’Eboussi Boulaga exige du Congo, c’est une forte conscience de ce que les Congolais peuvent devenir au service de l’Afrique et du monde dans l’état actuel des réalités des peuples et des civilisations.

 Quels sont les atouts, quelles sont les richesses, quelles sont les ressources qui font de notre pays une terre d’espoir pour l’Afrique, la terre qui fait rêver le futur ? Quelle forme et quelle force de conscience une telle terre doit prendre à travers toutes ses populations pour accomplir le destin qui est le sien ?

 

 Le Congo de la matière grise et des grands débats

 

 Avant tout, il convient de dire que le Congo est depuis l’aube de son indépendance une terre dont la matière grise a produit des débats houleux et fertiles pour toute l’Afrique. Un pays qui pense par grands débats, qui avance dans les grandes disputes théoriques et s’affirme à la faveur des véritables gigantomachies intellectuelles dont les sillons ont profondément marqué tout le continent africain. Dans les affrontements de pensée et l’énergie des confrontations congolaises, aucune des grandes idées qui ont fait bouger l’Afrique et qui peuvent encore la faire bouger actuellement n’est étrangère au génie de ce pays. Plus que par ses ressources naturelles dont le monde entier parle, c’est par la réserve, le potentiel et la vitalité des ses débats de haute tension que notre nation a été une nation de grade ébullition créatrice.

 Beaucoup de personnes ont encore en mémoire les débats philosophiques et politiques congolais sur l’authenticité africaine et l’urgence pour l’Afrique d’affirmer son identité et ses valeurs de vie dans un monde où tout semble orienté par l’opposition entre un « centre occidental » fort et imbu de lui-même d’une part, et d’autre part une « périphérie » passive et dominée, dont notre continent est le ventre mou et le maillon le plus faible. Ces débats ont constitué une extraordinaire force d’éveil et de mobilisation où les penseurs de premier plan ont déployé tout leur force d’intelligence pour réfléchir sur l’exigence d’une modernité africaine qui ne soit pas seulement tournée vers le passé, mais surtout vers l’avenir. C’est l’exigence d’une personnalité africaine enracinée à l’intérieur de la créativité de l’Afrique elle-même qui a jailli de tous ces débats congolais. Débats qui se sont élargis à l’échelle africaine, tant et si bien qu’il est difficile de trouver encore sur notre continent des hommes et des femmes de culture qui ne soient pas convaincus de l’obligation qui s’impose à nous d’être libres, d’être indépendants et de prendre en nous l’initiative de notre propre histoire pour bâtir notre propre destinée. Ce Congo de l’intelligence semble actuellement en sommeil. C’est lui qui doit s’éveiller, si l’on est sensible à l’injonction de Fabien Eboussi Boulaga.

 Beaucoup de gens ont aussi en mémoire les débats congolais sur l’inculturation au sein des communautés de foi, débats où ont pu germer des affrontements et s’irisaient des confrontations entre les tenants d’une Afrique en quête de ses dynamiques traditionnelles d’être et une Afrique de la libération totale par rapport aux structures politiques, économiques et socioculturelles d’un monde de domination, d’exploitation et d’oppression, dont les fureurs et les déflagrations ont condamné l’Afrique à un destin de mort. Une nouvelle articulation de la conscience historique africaine a pu ainsi se construire non pas seulement dans le cadre des communautés de foi, mais dans l’ensemble de la société où la dynamique de la libération a mis l’homme africain en situation de rapport critique avec son passé historique et ses valeurs de civilisation. Sur la base de la thématique de l’inculturation et de ses exigences, des contre-courants de libération surgirent partout en Afrique et au Congo même pour forger une nouvelle manière de vivre la spiritualité, en en faisant une énergie de fécondation de la politique, de l’économie et de toute la vie sociale. Ce Congo du dynamisme spirituel créateur semble actuellement en léthargie. C’est lui qui doit s’éveiller, si l’on est sensible à l’injonction de Fabien Eboussi Boulaga.

 Beaucoup de gens ont encore en esprit les débats congolais sur la démocratisation de ce pays. Avec sa Conférence nationale, la plus longue et la plus houleuse de tous ces types de conférences en Afrique, notre nation donna au continent un débat de fond sur la pertinence ou l’infécondité de la démocratie à l’occidentale en terre africaine. Des volcans humains lâchèrent leurs laves d’idées pour dire le pour ou le contre, pour reprendre les idées politiques de la vieille Europe et de la dynamique Amérique ou pour tourner le dos au mimétisme vénal qui n’a jamais vu que l’Afrique est l’Afrique et qu’elle doit se construire sur son génie propre qui remonte à la période pharaonique et qui peut aujourd’hui inventer une vision propre de la gouvernance démocratique. Une vision en rupture avec les dérives de la mondialisation néolibérale qui corrompent à l’échelle planétaire toute perspective d’une démocratie fondée sur les valeurs de vie et de plénitude existentielle des peuples. Dans ces débats congolais, toute une éthique de la nouvelle palabre africaine pris corps et montra ses faiblesses et ses forces, conduisant ainsi à une nouvelle compréhension de la nécessité d’un être-ensemble qui s’enracine dans les valeurs d’humanité que sont la vérité, le respect des droits humains et la recherche du bonheur collectif à partager. Avec l’échec de la Conférence nationale et le chaos où plongea le pays, il devint clair pour toute l’Afrique qu’il y avait là un contre-exemple qui montrait ce que doivent être les normes d’une politique de vie en plénitude dans une Afrique de la convivialité et de la confraternité. Le Congo est entré depuis lors dans une léthargie morale d’où il convient qu’il s’éveille pour devenir le Congo d’une éthique politique nouvelle, tournée vers l’avenir des peuples. C’est à ce Congo que le philosophe Eboussi Boulaga s’adresse. C’est en lui qu’il a une profonde confiance, pour ainsi dire.

Quand on est sensible à la manière dont les forces intellectuelles débattent aujourd’hui dans les hauts lieux de leurs affrontements que sont les sites de l’Internet comme Hinterland, Congoone ou Réveil FM, l’impression qui se dégage dans l’ensemble est que ces débats actuels ont perdu la dynamique de créativité et de force inventive des grands débats d’antan. Ils tournent souvent autour des options pour ou contre le pouvoir politique en place à Kinshasa et oublient les enjeux de fond dont dépendent la maîtrise de l’avenir. Leur tonalité d’ensemble comme leur orientation noient les idées fortes dans le charivari d’attaques virulentes au point de désespérer les intelligences et les bonnes volontés sur les problèmes de l’invention du Congo nouveau. C’est comme si le Congo de la matière grise était devenu ivre et vociférait dans son ivresse les volcans des mots et les éjaculations des discours dont le caractère souvent excessif frise l’inconsistance pour toute conscience raisonnable. Il s’agit là d’une nouvelle forme du sommeil congolais face aux exigences réelles de l’avenir : un sommeil agité par des cauchemars qui nous font hurler au lieu de penser. Des cauchemars face à des réalités politiques et économiques contre lesquelles nous donnons le sentiment de ne plus pouvoir agir ni avec mesure et ni avec sagesse. Il est temps de nous réveiller de ce sommeil cauchemardesque pour remettre notre pays sur la vraie force de sa matière grise : le Congo de vrais débats intellectuels et de vraies disputes d’une pensée régulée par une déontologie de l’honnêteté philosophique et du respect de la personne humaine.

 


Le Congo des fortes ambitions et de grandes possibilités


A un certain moment de la vie de notre pays, nous fûmes une nation des fortes ambitions dont la pensée, le discours et les pratiques sociales brûlaient d’une infinie volonté de grandeur. Nous voulions être la plus grande nation d’Afrique, avec le plus grand barrage hydroélectrique du continent, avec une radio et une télévision qui seraient « le plus grand tam-tam d’Afrique », avec une monnaie qui ambitionnait d’être la plus forte du continent, avec une puissance spatiale capable de concurrencer l’Amérique et l’Union soviétique, avec une énergie nucléaire pour consolider notre force de frappe militaire. Tout cela vibrait dans un discours de force incarnée par un homme d’où émanait naturellement un souffle de chef, notre homme-léopard qui régnait dans l’absolu au cœur de notre imaginaire : l’inénarrable Maréchal Joseph-Désiré Mobutu Sese Seko Kuku Gbendu Wa Zabanga.

L’Afrique tout entière aimait ce Congo des ambitions fortes et voyait en lui le pays de toutes les espérances et de toutes les possibilités. Elle avait foi en nous et croyait en notre pouvoir de changer la condition africaine. C’était avant que la nuit ne tombe sur notre nation. C’était avant les ténèbres de la dictature et les fureurs de la crise qui nous plongèrent dans le gouffre de la désespérance. Mais l’Afrique a toujours la nostalgie du Congo de la grandeur, un pays aux richesses fabuleuses qui vit actuellement comme un géant assoupi et tétanisé par ses malheurs. Un géant qui peut à tout moment s’éveiller en plein XXIème siècle comme la Chine l’a fait au XXème siècle. Un géant qui peut compter sur sa démographie abondante et ses capacités créatrices dont sa musique et sa pensée sont des symboles féconds partout dans le monde. C’est ce Congo de la grandeur et d’infinies possibilités qui doit s’éveiller et prendre sa place dans le concert des nations en Afrique et dans le monde.

Malgré le poids des guerres et des conflagrations qui le minent ; malgré les pesanteurs actuelles de sa position internationale fragile et la chape de plomb du désespoir qui pèse sur les mentalités de ses populations, ce pays est doté d’une vitalité intérieure qu’il faut absolument actionner pour une grande, pour une puissante, pour une irrésistible révolution de l’imaginaire qui pourra déplacer les montagnes et libérer de fabuleuses énergies d’espérances. Cette révolution pourra vaincre la léthargie actuelle des populations et ouvrir un nouveau chemin à la présence du Congo en Afrique et dans le monde, à travers une nouvelle image, de nouvelles représentations et de nouvelles idées que les Congolais développeront à partir de leur volonté de grandeur. Eboussi Boulaga veut actionner les mécanismes de ce Congo de la splendeur et de la fascination.



Le Congo des personnalités hors normes

A l’image de sa géographie et de son histoire qui sont des espaces et des aires de la démesure, où les paysages fantastiques sont peuplés par une faune et une flore tout aussi fantastiques, le Congo contemporain a donné à l’Afrique des personnalités hors normes, qui ont changé dans presque tous les domaines l’idée que l’Afrique a d’elle-même. Il s’agit des personnalités littéralement mythologiques, dont le destin ne peut pas être saisi dans une lecture scientifiquement irénique. Elles déchaînent des passions, fertilisent des rêves, déploient de véritables légendes et moulent des idées fortes et orageuses dont le fond est notre patrimoine le plus précieux.

Quatre noms suffisent à mettre ici en lumière ce que je veux dire : Béatrice Kimpa Vita, Simon Kimbangu, Patrice Emery Lumumba et Joseph-Albert Cardinal Malula . Ces personnages ne sont pas seulement des faisceaux d’idées et de visions. Ce sont des destins mythologiques dont la présence dans notre imaginaire a un sens profondément vital, comme si des grandes forces du bien s’étaient incarnées dans ces personnages et dessinaient le destin même de notre pays au cœur de l’Afrique.

La révolution spirituelle et sociopolitique que Kimpa Vita, Kimbangu et Malula ont lancée, je la considère comme une véritable fondation pour une nouvelle humanité africaine.

Kimpa Vita a consacrée sa vie à l’œuvre de contestation de la trahison de Dieu par l’homme dans le système de la traite des Nègres. Elle a suscité l’esprit d’une reconstruction globale de l’humanité africaine pour l’invention d’une nouvelle société.

Kimbangu a dégagé l’horizon de la libération africaine et de l’indépendance de nos pays, à travers les exigences d’une désaliénation spirituelle et d’une volonté de déconditionnement colonial pour l’avènement d’un nouvel homme noir conscient de ses enjeux et de sa liberté.

Malula est non seulement le père de l’Eglise africaine postcoloniale dont il a pensé les fondements en termes de nouvelle conscience africaine libre, créatrice et inventive, et en termes d’un évangile fertilisé par les valeurs africaines et fertilisant la destinée africaine tout entière, mais aussi le souffle d’une liberté indomptable pour tous les Africains sensibles à l’avenir du continent.

Lumumba, son projet d’une « indépendance totale et immédiate » et de « la liberté comme valeur suprême » pour laquelle les meilleurs d’entre les hommes ont su vivre et mourir a forgé un nouveau type d’homme : l’homme de la responsabilité créatrice, au Congo tout comme partout en Afrique.

Toutes ces personnalités où le bien s’est incarné sur la terre congolaise ont fini leur vie comme dans les vieux mythes du combat entre les forces du bien et les puissances du mal : par la tragédie d’une défaite sacrificielle qui annonce des victoires qui sont la vraie transformation radicale de l’humanité. Brûlée vive comme Kimpa Vita ; condamné à mort avant que sa peine ne soit commuée en détention à perpétuée jusqu’à ce qu’il rende l’âme dans une prison coloniale comme Kimbangu ; rongé par une mystérieuse maladie où beaucoup ont vu la main empoisonnante de la dictature féroce de son pays comme Malula ; neutralisé, arrêté, torturé puis mis à mort par le système néocolonial comme Lumumba ; tous ces héros ont libéré des logiques sociales d’une grande puissance symbolique et d’une abondante richesse de l’imaginaire. Ils ont forgé et fondé un certain esprit d’indépendance pour le Congo et pour l’Afrique.

Ce sont l’esprit, la force, la sagesse, le souffle, le limon, les valeurs et les engagements d’humanité de ces personnalités d’exception que le Congo devrait partager avec tout le continent africain et l’ensemble du monde, à tout moment, à temps et à contretemps. Ce sont ces personnalités qui constituent notre trésor vital et notre capital anthropologique les plus précieux.

Si on regarde attentivement le Congo d’aujourd’hui à la lumière de ces personnalités, une question ne peut pas ne pas se poser au grand jour : qu’avons-nous fait de ce trésor vital ? Qu’avons-nous fait de ce capital anthropologique ? Qu’avons-nous fait de toutes ces ressources de spiritualité, de tout ce limon d’action transformatrice du monde et de toutes ces graines de nouvelles espérances ?

Ma réponse est la suivante : nous donnons l’impression d’être une terre inféconde pour tant de germes de génie. L’état global de notre pays et la situation réelle des populations du Congo, les modes de pensée et les pratiques sociales de destruction dont le pays souffre ne reflètent pas le génie des personnalités fondatrices du Congo tel qu’il devrait être dans tous nos rêves : le pays d’une indépendance créatrice, imaginative et inventive. C’est en cela que réside notre état de sommeil profond dont nous devons nous réveiller au Congo pour bâtir le futur de notre pays et l’avenir de notre continent. Je parle du sommeil des hommes et des femmes qui ne savent pas comment rentabiliser en eux-mêmes le capital humain de leur histoire ni comment devenir eux-mêmes, à partir de ce capital, un vrai ferment d’humanité et d’enfantement d’une nouvelle société. Eboussi Boulaga a compris cela et il interpelle profondément notre conscience congolaise.


Une terre aux richesses fabuleuses


C’est seulement après avoir présenté la puissance du capital anthropologique congolais dans tout son potentiel vital qu’il convient d’évoquer maintenant les richesses du sol, du sous-sol et de tout l’espace de notre pays. Tout le monde connaît ces richesses fabuleuses et en parle. On les croit même inépuisables, on les croit infinies et éternelles. Ce dont on ne prend pas conscience en profondeur, c’est le décalage entre l’immensité de toutes ces richesses et l’étroitesse actuelle de l’intelligence congolaise capable de les exploiter.

Entre l’espace naturel de notre territoire et les capacités créatrices de l’esprit des Congolais d’aujourd’hui, le gouffre semble sans limites. Non pas que le Congo manque vraiment des hommes d’intelligence pour le construire. Il lui manque une volonté publique d’organisation et une volonté politique d’impulsion pour changer la réalité des choses. Ce gouffre se voit partout à l’œil nu : dans l’état de nos infrastructures routières, sanitaires ou éducatives ; dans le délabrement de nos villes et la détresse de nos campagnes ; dans le vide de nos projets de reconstruction nationale et dans la vénalité du mode de vie des élites à tous les niveaux. C’est un véritable exploit mondial pour nous de vivre comme des misérables en plein jardin d’Eden, par manque de conscience communautaire inventive et organisatrice. Le pire dans tout cela, ce que nous sommes conscients de cette situation depuis longtemps et nous n’entreprenons rien de décisif pour la changer. On a même l’impression qu’elle empire. C’est cette situation qui doit nous interpeller avec une nouvelle vigueur, si nous voulons que notre pays ait un avenir. L’interpellation du philosophe Eboussi Boulaga nous y convie.



Que faire ?


Si notre situation est telle que je viens de la présenter, les raisons profondes pour en comprendre les ressorts sont au plus profond de nous-mêmes.

Dans sa récente intervention à la fin d’une messe organisée en Belgique par son parti en mémoire des martyrs du 16 février, intervention qui sonne comme un testament politique de grande valeur, Etienne Tshisekedi a exhorté la diaspora congolaise, et à travers elle tout le pays, à sortir du fossé entre la théorie et la pratique en s’investissant dans des actions concrètes de transformation sociale. Actions qui puissent donner corps et consistance crédible à tous nos débats, à tous nos discours, à toutes nos tonitruantes critiques de l’état réel de notre pays.

Par ce message au soir de sa vie, le vieux leader de l’UDPS a mis le doigt sur la première clé pour ouvrir les portes de l’avenir du Congo : la primauté de la pratique de transformation sociale sur les théories de contestation politico-politicienne dans tout projet pour changer le destin de notre pays. Autrement dit : il est temps de sortir de la critique stérile de la situation du Congo pour libérer les énergies concrètes de la reconstruction de la nation, chaque Congolais dans le domaine qui est le sien. Je vois dans cette injonction une nouvelle orientation fondamentale pour donner une force créatrice aux analyses congolaises sur la situation du Congo et pour libérer de nouvelles possibilités d’invention d’une nouvelle indépendance pour notre pays.

Toujours au cours de la même messe, le prêtre analyste politique J.P. Mbelu a fait une prédication très profonde pour montrer comment l’avenir du Congo dépend de la capacité des Congolaises et des Congolais à casser en eux et dans toute notre société la logique du mal, la logique de la violence dont le pouvoir dictatorial a usé pour tuer les martyrs du 16 février, et à construire en eux et dans toute notre société une logique du bien qui consiste à détruire les violences de la haine et de l’esprit du meurtre. Cela en vue de contribuer, par les valeurs d’humanité, à bâtir un Congo de paix et de bonheur collectif à partager. A ce niveau aussi, le prêtre congolais a mis le doigt sur l’une des priorités de notre nouvelle indépendance : le choix du bien comme idée directrice de la politique et de la vie au Congo. Sans cette éthique, le pays sombrera, implosera ou explosera dans ses propres violences meurtrières.

Il y a plus : la nouvelle articulation entre la théorie et la pratique ainsi que le nouveau choix du bien contre le mal ne libéreront tout leur pouvoir de changement que s’ils sont au service d’une nouvelle dynamique de l’agir-ensemble, du penser-ensemble et du construire-ensemble pour l’avènement d’un nouvel être communautaire, un nouvel être-ensemble congolais porteur de nouvelles espérances pour chaque Congolais et chaque Congolaise. Cette exigence du sens contre le non-sens actuel de nos divisions, de nos crimes et de notre culture de destruction de l’espace national montre clairement ce dont nous devons nous débarrasser si nous voulons que notre pays s’éveille au service de l’Afrique. Nous avons à nous débarrasser de l’accoutumance à la culture du non-sens. Une culture qui détruit en nous toute force spirituelle de transcendance et nous déleste de la force de construire une nouvelle société congolaise. A ce niveau, pour reprendre une idée très riche du penseur français de la non-violence, Jean-Marie Muller, « le défi n’est pas seulement politique, il n’est pas d’abord politique ; il n’est pas seulement éthique, il n’est pas d’abord éthique. Il est essentiellement spirituel. » Cela veut dire qu’il « pose la question du sens et du non-sens » et qu’il « met en cause le sens même de notre existence et de notre histoire » en tant que Congolaises et Congolais appelés à partager une même communauté de destin, une même destinée de vie et de bonheur. La nouvelle indépendance, c’est cette nouvelle orientation globale de sens à laquelle le Congo doit s’éveiller pour devenir vraiment le moteur de la nouvelle liberté dont doit jouir tout le continent africain : une liberté créatrice fertilisée par une mentalité de bâtisseurs et par une dynamique de responsabilité et des synergies inventives.

Le destin du Congo, c’est d’être le levier de cette liberté dans la société africaine d’aujourd’hui et de demain. En sommes-nous capables ? Voilà la vraie question. J’ai la force de croire que la réponse à cette question est « oui ». Ou du moins elle devra l’être, par la force de notre nouveau génie créateur à inventer.




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