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FAIRE RÊVER LE FUTUR Indépendance et développement solidaire en RDC PDF Imprimer E-mail
Écrit par Kä Mana   
Lundi, 29 Mars 2010 20:11

Devant vous, jeunes étudiants ici à Goma*, qui me demandez de parler de ce que je considère comme les exigences essentielles pour l’avenir du Congo cinquante ans après notre indépendance, j’ai l’intention de dire sans hésitation que les défis majeurs pour notre pays sont de deux ordres à mes yeux : il nous faut bâtir solidement notre nouvelle indépendance et construire, toujours aussi solidement, une société de développement humain durable.



 

 Bâtir solidement notre nouvelle indépendance

 

Que veut dire exactement : bâtir notre nouvelle indépendance ? Les esprits hautains, les hauts maîtres du savoir et les seigneurs de la politique politicienne éclatent toujours de rire lorsqu’on leur raconte l’histoire de cette vieille mère analphabète qui posait la question de savoir quand l’indépendance va finir. Ils croient que la vieille mère fait un contresens logique et qu’elle ne comprend pas ce qu’il y a réellement derrière le concept même d’indépendance. En réalité, ce sont eux qui se trompent et c’est la vieille mère qui a compris les enjeux du problème de l’indépendance actuelle de notre pays.

Chaque fois que j’ai entendu raconter l’histoire de cette vieille mère et de sa question, je n’ai à aucun moment eu envie de rire. J’ai été plutôt impressionné devant tant de lucidité et d’intelligence face à la réalité de l’indépendance congolaise. Il me semble que cette vieille mère a compris que notre indépendance a été quelque chose de superficiel, d’artificiel, de faux même, qui relevait d’un marché de dupes et d’un onirisme inconsistant. Avec un cortège d’ambiguïtés, de misères, de mensonges, d’irresponsabilités, de fureurs, de bourrasques meurtrières qui ont été la trame centrale de nos cinquante dernières années, même si cette trame a aussi connu des joies abondantes et de fabuleuses promesses qui nous font vivre encore en tant que nation aujourd’hui. Une réalité aussi ambiguë, la vielle dame a compris qu’elle ne peut pas, qu’elle ne doit pas durer éternellement et qu’il faut qu’elle prenne fin, que nous y mettions fin nous-mêmes, impérativement.

 Le problème est que celle qui a vu avec toute la clarté nécessaire le fond de notre réalité ne sait pas comment on sort d’une telle indépendance. C’est sous cet angle que sa question devient une interpellation pour les hommes de pensée et d’action dans notre pays maintenant. Ceux qui doivent inventer la route de sortie de cette indépendance-là.

Face à une interpellation aussi profonde, il me semble qu’un travail de fond à été tout de même déjà fourni chez nous pour regarder en face ce qui nous est arrivé et projeter dans l’avenir les lignes directrices pour une nouvelle indépendance.

Je pense particulièrement au travail de contestation de la logique néocoloniale dans l’abondante littérature congolaise sur la personnalité noire, sur l’authenticité africaine ou sur la grandeur de l’Afrique d’antan. De ce travail, j’ai retenu quatre impératifs que je veux mettre fortement en lumière ici comme base pour construire la nouvelle indépendance:

- l’impératif radical d’enraciner notre souci d’une nouvelle indépendance dans notre foi en nous-mêmes, en nos capacités de créativité et en notre énergie pour faire rêver le futur avec nos ambitions et nos espérances, avec nos stratégies de transformation sociale et nos valeurs de vie ;

- l’impératif, tout aussi radical, de remettre en question nos pathologies ainsi que l’aliénation profonde dont nous souffrons dans le monde actuel, toutes les maladies qui sont nos faiblesses de fond et qui nous fragilisent dans le contexte d’une mondialisation, un contexte où ne réussiront que les nations capables de remettre en cause tous leurs archaïsmes et tous leurs atavismes inadaptés au monde d’aujourd’hui ;

- l’impératif, toujours aussi radical, de libérer notre imaginaire de tous les récits d’infériorisation, de déshumanisation, de zombification, d’imbécillisation et d’anéantissement qui nous ont fait perdre le sens de notre initiative historique depuis la traite des Nègres jusqu’à nos jours ;

- l’impératif, plus radical encore, de la nouvelle invention de nous-mêmes dans de nouvelles utopies de grandeur et dans de nouvelles stratégies communautaires pour incarner réellement ces utopies.

Aujourd’hui, nous voyons sans doute, avec beaucoup plus de perspicacité que hier, les entraves réelles à la construction de notre nouvelle indépendance. Dans un récent texte très dense qu’il a présenté à un colloque en Belgique, l’analyste politique congolais J.P. Mbelu a récemment résumé ces entraves en une triple dimension qu’il me semble utile de reprendre ici pour en mieux faire briller les enjeux essentiels. A ses yeux, ces entraves sont les suivantes :

- notre domination par le « capitalisme du désastre » qui procède, pour détruire l’énergie des peuples, par la « guerre (froide, tiède, chaude) et l’entretien de la dette extérieure de notre pays » ;

- la démission et la compromission de nos élites dirigeantes qui ont perdu « confiance en elles-mêmes et en leur capacité de se convertir en acteurs de premier plan de leur destinée et de convertir leur milieu en un espace de bonheur collectif à partager » ;

- « l’ignorance comme conséquence d’un appauvrissement anthropologique », appauvrissement « à la fois matériel, politique, culturel, social et spirituel ».

Tout ce travail de réflexion déjà fourni souffre aujourd’hui de n’être pas suffisamment incarné dans des lieux concrets de construction d’une nouvelle indépendance : des lieux qui seraient à la fois des forces d’organisation politiques et socio-économiques pour répondre aux besoins fondamentaux de la vie, et des forces culturelles et spirituelles pour élever la vie à l’incandescence des préoccupations les plus sublimes de l’existence.

Il faut que notre pays conçoive ces lieux et y engagent les nouvelles génération à rêver d’un autre Congo et à s’engager à le construire grâce à es valeurs et des mentalités nouvelles de Congolais décidés et déterminés à donner de notre pays l’image d’un pays créateur, organisé et « uni dans l’effort » pour une nouvelle indépendance, celle qui ne nous serait pas octroyée de l’extérieur, mais que nous aurions plutôt bâtie sur la base de notre volonté et de nos engagements à transformer notre propre pays en terre de développement plénier, durable et profondément humain.


 

  Promouvoir le développement humain durable


A mes yeux, la nouvelle indépendance qu’il s’agit de bâtir de l’intérieur de notre énergie créative dépend de la capacité des Congolais à développer une intelligence, une éthique et une spiritualité du développement durable comme base d’une nouvelle société, à travers des institutions de transformation sociale solidement enracinées dans les exigences fondamentales d’humanité. Notamment :

           -   les exigences d’une gouvernance communautaire responsable, où les citoyens, à l’échelle locale comme à l’échelle nationale, sont décidés de travailler énergiquement ensemble pour affirmer toute la force créatrice de leur force d’initiative historique ;

      -   les exigences de la promotion des droits humains comme substance même du développement solidaire, substance où la sécurité humaine, les droits civils, politiques, économiques et culturels ainsi que les libertés essentielles, sont assurés comme socle de l’indépendance concrète ;

   -  les exigences de la construction d’une conscience publique d’ouverture aux générations futures, selon des engagements à prendre pour que nous laissions à nos enfants un pays plus beau qu’avant.

Dans toutes ces exigences, on comprend que l’indépendance n’est pas un pur slogan musical ni une sublimissime incantation pour danser et festoyer à l’occasion des cinquantenaires et des centenaires, mais la responsabilité pour un peuple de se mettre debout en vue de construire sa destinée non seulement en assurant à chaque citoyen son minimum vital et à tout le pays un minimum social commun, comme dirait Albert Tévoédjré, mais en bâtissant un règne d’abondance, de progrès, de prospérité et de bonheur partagé.

C’est cette indépendance là que notre pays doit maintenant inventer et faire fleurir sur notre sol. L’indépendance des Hommes libres, responsables et créateurs. Ces Hommes, il appartient à notre système éducatif congolais de les éduquer, de les former, de développer leurs nouvelles mentalités et de les conduire à se penser eux-mêmes comme des bâtisseurs de nouvelle destinée.

Vous l’aurez sûrement compris : la clé de notre avenir, c’est l’éducation. Elle est le fondement, le socle, le moteur et le levier de la construction du nouveau Congo, celui dont la nouvelle indépendance est l’autre nom, sans aucun doute.



* Ce texte est celui d’une brève intervention devant des étudiants de l’Université Libre des Pays des Grands Lacs (ULPGL, Goma)



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