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Y A-T-IL DES AFRICAINS AU CIEL ?, Essai d’eschatologie afro-kame PDF Imprimer E-mail
Écrit par Kalamba Nsapo   
Dimanche, 01 Mai 2011 19:15

L’imaginaire d’un peuple fait partie de ce qui donne sens à la vie. Il est celui de ses traditions ancestrales, faite de mythes, de contes, de proverbes, de devinettes, de généalogies, etc. Il est aussi celui de ses rêves, de ses confidences, de sa sensibilité, de ses émotions, de ses affects…, de toutes ces histoires qu’on nous impose ou nous raconte et dont nous faisons nous-mêmes le récit. L’imaginaire est ce qui existe dans l’esprit de chacun, féconde sa pensée et ses projets. Il est le lieu où chacun emmagasine des images ou des représentations mentales chargées de joie ou de peine, d’amour ou de désespoir, etc. C’est un «modèle directeur» d’une pensée et un soubassement où l’on puise ses motivations et ses engagements. En cela, il nous serait permis de parler du mythe fondateur de notre être qu’il convient d’illuminer en faisant de lui la lumière de l’Afrique. Celui-ci devra être rempli de « repères vitaux à découvrir ou à inventer purement et simplement, pour enseigner aux enfants (…) une histoire d’une destinée lumineuse » (Kä Mana). Les grands peuples ont toujours su se composer de ce mythe fondateur, d’une genèse ou d’un berceau. Il leur a été donné de se construire une origine, de l’inventer et de décider de s’engager à correspondre à ses exigences. En témoigne l’expérience des peuples du miracle grec, des peuples de l’élection divine ou des peuples du nouveau messianisme chrétien.

 



C’est dans cette perspective qu’il importe de comprendre l’enjeu du présent livre d’eschatologie afro-kame dont le point de départ a été la photographie d’un mauvais imaginaire social et d’une représentation du ciel commandée par la logique exclusiviste. Il s’en est suivi une réflexion critique dégagée à partir de l’étude du dialogue entre un chrétien et un païen, qui a amené à revisiter la question initiale à la lumière d’une pensée scientifique compatible avec la volonté africaine de reprendre l’initiative historique, de promouvoir l’identité du muntu dans sa profondeur et de renouer avec sa mémoire historique sur la terre comme au ciel.

 

 

Y a-t-il des Africains au ciel ? La réponse est négative si on se situe dans la ligne d’une vision idéologique et théologique qui maintient le muntu dans la misère sociale, les ténèbres de l’erreur, du péché, du mal, de la culpabilité et de l’irresponsabilité, du sacramentalisme du baptême à tout prix. Elle est d’autant plus fataliste et péremptoire qu’elle émane d’une épistémologie de la malédiction de Cham. et du salut des âmes. On ne peut croire en la capacité de ces âmes de répondre de leurs actes et d’assumer leurs responsabilités. En quoi la philosophie scolastique qui a servi de support philosophique à une certaine pensée de l’Eglise catholique demeure incohérente.

Une conception totalisante, non statique, du muntu mwine pourrait être à même de représenter une image de la personne humaine capable de répondre de ce qu’elle fait au jour du jugement dernier. Si le ciel existe, elle n’en exclut ni les ancêtres africains, ni les enfants qui n’ont pas connu le baptême. Même la souffrance n’écarte personne en Afrique de la porte du ciel. Celui-ci n’étant pas l’apanage des riches de ce monde. On le voit, il y a là une réponse positive à la question posée, celle qui pousse à développer une idée respectueuse de la culture africaine et de son sens profond.

Ce n’est pas assez dire. Si l’Africain se convertit à sa pensée de la Vallée du Nil, celle qui a apporté à l’humanité tous les éléments de civilisation, celle qui renvoie au lieu natal du surgissement de l’idée de Dieu et de l’homme qui le pense, s’il se la réapproprie, il lui sera donné de n’aspirer qu’à sa kala kakomba ka Mawesha (terre balayée de Dieu). Il sera sans cesse convaincu de son accessibilité à cette destination au terme de l’existence terrestre qui n’est qu’un pèlerinage. La terre balayée de Dieu n’est pas pour autant un lieu de tout repos, mais on continue à y assumer ses responsabilités. Rien de commun, à cet égard, avec la croyance en la vie éternelle de bonheur sans fin avec Dieu et ‘tous les saints’, dont se nourrit l’espérance chrétienne.

Aussi, faut-il ajouter qu’un Africain authentique est un être éternel. A sa mort, il pense avant tout à sa rencontre avec sa famille disparue (grands pères, tantes, etc) qu’il va retrouver dans l’au-delà et, par la suite, à d’autres membres défunts de la communauté nègre dont il est issu. Il ne pense pas spontanément à une représentation du ciel qui structure l’imaginaire de l’homme africain aujourd’hui. Il serait un non sens de l’inviter à adorer la « Très Sainte Vierge Marie » à l’occasion d’un deuil. Une action de louange en ce sens n’est pas à l’ordre du jour comme en témoignent certaines familles africaines éprouvées et parfois révoltées.

Au vu de ce qui précède, notre approche eschatologique afro-kame est un effort de recadrage et une invitation à prendre la mesure de l’enjeu et de la pertinence de l’éternité. Celle-ci est, dans une large mesure, un au-delà de la vie. Elle permet de comprendre que le muntu est un être destinal. Il ne lui suffit pas de faire du bien, de pratiquer la justice. Il lui importe également d’assumer sa vocation destinale, où le sens se définit au-delà de l’histoire. Ainsi perçue, l’idée d’éternité donne un ultime sens à la vie d’ici-bas. La vie du muntu se joue sur la terre. Mais elle a une dimension de destinée divine qui ne l’arrache pas à ses tâches sociales et l’amène à comprendre qu’il devra rendre compte à son Créateur et aux Ancêtres fondateurs de son comportement face à la vie, à la nature et aux humains.