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DES GUERRES RÉCENTES EN AFRIQUE PDF Imprimer E-mail
Écrit par Grégoire Biyogo, philosophe et politologue, fondateur et Directeur de l'Institut Cheikh Anta Diop.   
Samedi, 14 Janvier 2012 14:17

1-Je voudrais ce soir engager une réflexion sur un sujet urgent, inconditionnel et géostratégique : la Guerre. Celle-ci a fait retour en Afrique avec une rare violence au XX ème siècle, et au XXI ème siècle, comme tout récemment, les Guerres de Côte d'Ivoire et de Libye, dont l'odeur des cadavres et des ossuaires créera pour longtemps encore le ressentiment entre concitoyens, la division entre pays africains. Ont-elles été discutées, refusées ? Pouvait-on seulement les refuser ? Quelle instance aurait-elle pu organiser un tel refus ? Refus des guerres programmatiques... En aurait-elle eu un tant soit peu les moyens lorsque, dans le même temps, elle ne parlait pas d'une même voix, et ne pensait pas sur le mode de la sécurité territoriale, géostratégique et économique du continent africain ?

 

2-C'est que, la Guerre, cela a été dit avant nous par les Carl Von Clausewitz, Michel Foucault, Carl Schmitt, François Julien... est un grand sujet, lequel ajouterais-je ici, dévoile les rapports de domination et de répression économiques et politiques dans les Relations internationales. Mais ce qu'il faut aussitôt ajouter - et que mes prédécesseurs ont moins dit dans la position qui était la leur - c'est que, la première victime des nouvelles Guerres, ce n'est pas seulement la vérité (Rudyark Kipling) mais les richesses stratégiques (pétrole, gaz, uranium) qui doivent être contrôlées par les Grandes puissances en les dépossédant aux pays militairement inoffensifs. Ce sont ces richesses généralement qui constituent, derrière le voile des Résolutions onusiennes, et les impératifs du droit international, derrière les catégories brumeuses et hasardeuses de la Communauté internationale... le véritable mobile des Guerres survenues récemment en Afrique. Outre ces richesses dont la capture est la raison des guerres, il y a la seconde victime, les populations civiles (cibles des Guerres). Ce ne sont plus les soldats comme dans la première Guerre Mondiale, 1914-1918/1935-1945, ni même les positions militaires, missiles, établissements géo-stratégiques...), mais les populations civiles (enfants, femmes, vieillards, patients, innocents de toutes sortes), puis l'environnement et l’écosystème (les sites archéologiques du Tigre et de l'Euphrate en Irak, le sites sites naturels du Congo Brazzaville)... Ceci est le côté ensauvagé et barbare... de ces Guerres...

3-Il faudrait pourtant, les penser, Car, en l'absence d'une théorie de la Défense et de la Sécurité moderne, qui serait propre au continent africain, il resterait au moins à mettre la Guerre en questions. A l'interroger, à la fois pour tenter de comprendre ce qui s'est passé, et pour prévenir consécutivement les conflits armés. Tenter de comprendre les raisons de la Guerre, ses motifs dissimulés, ses motivations inavouables et secrètes, son organisation, ses conséquences économiques, politiques a une importance inestimable, plus encore lorsque l'on s'assigne non seulement la tâche de traquer les Mensonges qui sont constitutifs à ces Guerres programmées, mais encore celle de faire éclater les Masques dissimulant les rapports de force et de répression monétaires, économiques et politiques qui régulent ces Guerres.

4-En cela, penser les Guerres africaines récentes, c'est aussi se poser une série de questions : Ont-elles été justes ? Qui en est responsable des crimes de Guerre et du génocide ? Que visait au fond la Guerres ? Trop pressés de faire la Guerre, de l'entamer, a-ton mesuré la portée des dégâts occasionnés (embargo sur les produits pharmaceutiques, sur les banques...) ? S'est-on seulement soucié des populations civiles et des conséquences post-conflit, dans le même temps qu'on a soutenu que c'était pour défendre le péril du droit, de la démocratie et des Droits de l'Homme ? Comment expliquer que ceux-là mêmes qui ont prétendu appeler à la Guerre au nom de ces valeurs jugées menacées aient dans le même temps porté si peu d'attention aux milliers de morts qui sont supposés en garantir la légitimité ? A la rescousse de quels citoyens a-t-on voulu voler lorsque, dans le même temps, le sort de ces braves Citoyens était précaire et a fait l'objet de tant de mépris pendant la Guerre et la période de l'immédiat l'Après-Guerre ? Qu'est-ce que cela signifie d'avoir décidé de mettre entre parenthèse des millions de personnes sous blocus pharmaceutique et financier ? Et toutes ces exactions, ces règlements de compte bestiaux, la négrophobie outrageante, la négrocriminologie (Libye), l'ethnocriminologie (Côte d'Ivoire), les fuites massives, Exils, persécutions anonymes, arrestations sommaires tous azimuts, maltraitance et fusillades des prisonniers politiques... Le génocide...

5-En somme, la question politique et stratégique unique de cette interrogation est la suivante : le déplacement continu du centre de gravité des découvertes et de l'exploitation des matières premières vers l'Afrique, n'est-il pas cela qui ne mettra jamais à l'abri ce même continent, mais l'exposera sans cesse aux rivalités en vue de maintenir le monopole du contrôle des richesse chez les Grandes puissances, et donc aux Guerres subséquentes, face à une Europe occupant toujours le monopole de la monnaie et de l'économie en Afrique, et désormais sur-endettée, menacée sans cesse d'exclure de l'Union Européenne ses propres pays ne pouvant plus satisfaire aux critères de convergence ? Face à une Amérique tout aussi frappée de précarité financière et économique, et qui est qui restée un partenaire économique historique et de choix ? Et face à la Chine qui s'est faite une place de poids dans le continent, et face aux pays nouvellement industrialisés (PNI) récemment survenus en Afrique où ils sont engagés eux aussi dans la grande Bataille économique du XXI ème siècle ? Et tous ces partenaires économiques opèrent souvent, sans transfert de technologies, sans souffrir l'idée d'une ristourne conséquente ni souci de contribuer à un Développement réel et durable ? Ainsi donc, face à une Afrique pourvoyeuse de richesse et non développée, une Afrique hyper-riche et surendettée, qui va entrer dans l'ère de l'économie planétaire, avec une explosion démographique locale, une explosion des cadres de haut niveau et des ingénieurs, et quia déjà exprimé fortement son aspiration à la souveraineté politique et à l'indépendance monétaire et économique - qui ne resteront pas occultés et étouffés pendant plus longtemps -, contiendra-t-elle longtemps encore ses frustrations, son refus de demeurer la vache laitière de l'Euro-Amérique et des nouvelles puissances, sans qu'il lui soit donnée de sortir des misères médiévales, des endémies, et de la marginalisation économique et politique... De la sorte, l'horizon de la Guerre est son partage.

6-Guerres aveugles, dégradant la crédibilité des politiques de coopération africaine de l'Europe, de l'Amérique... et validant les systèmes politiques africains jugés antidémocrates par les Africains eux-mêmes, et dont ils acclament les héros, par opposition aux élus des peuples ! Nos partenaires historiques font la politique à l'envers, avec les lobbys financiers et économiques et les multinationales, leurs opérateurs médiatiques partisans et champions du Mensonge, avec leur Nouvelle économie de la violence, celle qui affecte désormais l'Occident en profondeur, cet Occident philosophe selon le mot de Jean Brun bien méconnaissable pour beaucoup d'entre nous, dont certains - les plus optimistes, mais aussi les plus oublieux du passé - attendaient la veille encore le Grand commerce des idées démocratiques, politiques et philosophiques...Est-ce donc au nom de l'Universalité de ces idées que l'On fait la Guerre ? Si la réponse devait être positive, alors il conviendrait de tout déchirer de ce que nous avons appris dans les Universités célèbres de la Sorbonne, d'Oxford, d'Arward... Avec des Maîtres qui défendaient alors l'Universel, la Vérité, l'objectivité, la Justice... Autant de valeurs Seraient donc mortes, sacrifiées à l'Autel du Gain unilatéral, sauvage et aveugle ? Cela qu'on enseigne ne serait-il que banalité ? Désormais on enseignerait ces valeurs sans conviction ? Sans l'exigence de la vivre et de les voir s'incarner sous d'autres Cieux ? De les défendre sans se renier ? Et qu'est-ce que la Guerre, si ce n'est l'événement ultime, extrême, celui que l'on Acte au nom de l'Universalité des valeurs ? Sinon, n'est-on pas nettement en dessous de ces valeurs qui ont fait la noblesse de l'Occident, et que l'Occident entend confisquer, réserver à sa Terre, à son seul usage ? Pourquoi voudrait-on qu'un philosophe africain entende quelque chose à cela, à cette dépravation de l'usage des valeurs, et à leur marchandisation définitive ?

7-La vérité est que, lorsque ces valeurs ne sont pas défendues pour ce qu'elles sont, sans les inféoder et les réifier aux impératifs de marchandisation, et par les peuples qui y aspirent eux-mêmes, pour faire leur propre Révolution, du dedans, avec les véritables défenseurs de ces valeurs issus de l'Extérieur naturellement, la Guerre pour imposer une nouvelle équipe comme en Libye et en Côte d'Ivoire est toujours une Guerre primitive et barbare, en dépit des pseudo-schémas de justification des Guerres...

8-La vérité est que lorsque l'on choisit d'user des technologies spatiales et cyberspatiales (espace-com et informations stratégiques usant de détection, de télédétection), pour écarter un élu, une figure incarnant les aspirations du peuple, de son peuple, pour imposer un système politique qui desserve l'Afrique et serve l'Extérieur, la Guerre prend la figure d'une nouvelle forme d'impérialisme, avec sa fascination de la Bête, de la Force pour la force au sens d'un espace planétaire que l'on dit dans le même temps vouloir civilisé, attaché au droit international ?

9-Naguère Dumésil a voulu voir en Occident trois figures fondatrices, d'inspiration hellénique, trait d'union du Monde ancien et du Monde Moderne d'Europe : le Marchand, le Guerrier et le prêtre. Peut-être conviendrait-il de renverser ce schéma triadique, pour n'y voir plus qu'une seule et même figure triangulée en une seule : le Guerrier/Marchand /prêtre ? Schéma actué lors de la Traite négrière avec ses deux Codes bestiaux, puis la Colonisation avec son Congrès noir tenu à Berlin, avec son découpage marchand de l'Afrique guidé par des considérations d'approvisionnement en pétrole, en gaz, en uranium, en ressources naturelles....Et récemment lors des Conférences Nationales, lorsque, refusant le verdict public des Urnes, et le changement gagé par le peuple, nos partenaires économiques et politiques avaient cru devoir urgent de faire obstruction à ce choix démocratique au Congo Brazzaville, en choisissant de reconduire, contre le choix du Peuple, leur Candidat... Se pourrait-il donc que la Guerre soit la métaphore rouge d'un Occident impérial et anti-humaniste confiné à user de la Force dans son langage diplomatique et économique avec l'Afrique ? La Raison de la Guerre étant la marchandisation des valeurs, le Monopole de la gestion des matières premières, et l'imposition des figures politiques sans mandat ni légitimité du peuple, n'e sommes-nous pas, entrés droit dans une nouvelle ère glacée, redéployant son intelligence de l'occupation économico-militaire ? Dès lors, ne reste-il pas à l'Afrique, cernée par la Guerre, à parachever l'oeuvre de la Décolonisation pour mettre un terme à la Re-colonisation ? Sans manichéisme ni essentialisation, cette oeuvre est ouverte à tous, à cette Afrique nouvelle et à cet autre Occident, lesquels seuls peuvent entrevoir un autre ordre du Monde, qui ne fût plus celui du Mensonge et du Déni du droit à la Souveraineté, mais acquis à l'interconnexion des échanges et des acteurs, sans réifier les Autres et les condamner à la Mêmeté. Impératif auquel doit pouvoir se confronter la jeunesse africaine, européenne et américaine, et du reste du Monde, pour autant que cette jeunesse soit porteuse d'à-venirs et d'autres urgences de l'équilibre du Développement des Continents...Aussi est-ce plus qu'une erreur de ne point penser la Guerre dans le champ des sciences humaines et sociales en Afrique (la philosophie, l'Histoire et les sciences politiques en Afrique..).