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CRISE FINANCIERE ET DEMOCRATIE. REINVENTER L’AFRIQUE PDF Imprimer E-mail
Écrit par Jean-Pierre Badidike   
Samedi, 28 Janvier 2012 18:09

Il ne s’agit pas ici d’approfondir les paramètres de la crise financière actuelle que connaît le monde qui dépasse non seulement le cadre précis de notre intervention mais aussi nos compétences. Nous voudrions en faire lien sinon cas en tant qu’épiphénomène sur le plan politique pour autant que les deux ont été à maints égards présentés comme intimement liés. Ce regard croisé nous donne l’opportunité d’oser susciter un intérêt en vue de nouvelles pistes d’exercice du pouvoir politique pour d’autres peuples que les modèles décadents de l’Occident n’ont que marginalisés, trompés, infantilisés, exploités aux fins de pouvoir asseoir ce qui semblait être de l’excellence à leurs yeux. Et pourtant !

De la crise financière

NourielRoubini et Ian Bremmer, deux grands spécialistes des marchés et de l'économie mondiale, ont dernièrement estimé que la situation financière et économique est plus préoccupante au point que l’avenir et les risques systémiques sont inquiétants.Pour eux, il est de plus en plus évident que les perspectives économiques ne sont pas bonnes, et que la situation pourrait se dégrader bien davantage encore.
En effet, les Bourses sont en chute libre, les Etats-Unis, de plus en plus insolvables, et l’Europe affaiblie ; cinq pays dans la périphérie de la zone euro sont déjà en récession : la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Italie et l’Espagne. Trois d’entre eux ont perdu l’accès au marché et l’on craint que d’ici peu l’Italie et l’Espagne suivent le pas.
Dans la plupart des économies évoluées, notamment les Etats Unis et l’Europe, voir le Japon, les chiffres de la croissance du PIB, de la consommation, de l’immobilier et même les chiffres du marché de l’emploi, sont déplorables. D’autre part, il se pourrait qu’à long terme l’on assiste à un ralentissement massif de croissance dans des pays à croissance très forte : Chine, Inde, les marchés émergeants, ou les pays comme l’Australie, en pleine croissance en raison de leurs nombreuses ressources en matières premières. Entre temps de nombreux autres risques pointent à l’horizon : la hausse du prix des matières premières, le tarif du pétrole du Moyen-Orient qui augmente le risque géostratégique et le prix de l’essence à la pompe, le tremblement de terre au Japon.Les pays grandement déficitaires vont voir leur demande intérieure baisser en raison du désendettement du secteur public et doivent donc augmenter leurs exportations, ce qui impliquera une baisse du dollar par rapport aux monnaies de ces pays.
La récession a été provoquée par une crise financière liée à un fort endettement, dans le secteur privé et public. Selon certains spécialistes, après une récession de ce type, la croissance est anémique pour de nombreuses années, en raison du douloureux processus de désendettement. Il faut dépenser moins dans les secteurs privé et public pour économiser, réduire la dette et augmenter le ratio d’endettement,sans oublier que le taux d’endettement de nombreuses institutions financières est très élevé.
D’autre part, par suite du mouvement de la mondialisation, les chocs s’enchaînent et même s’entrechoquent. On commence par la Grèce, le lendemain ce sont les Etats-Unis, le surlendemain c’est la crainte de voir l’Italie ou l’Espagne perdre l’accès aux marchés, puis c’est l’Irlande ou le Portugal, ou même le Royaume-Uni, quand ce n’est pas le Japon. Plusieurs personnes se demandent s‘il ne faut pas envisager la démondialisation car on va à l’encontre d’un rééquilibrage global et les pays qui connaissent un fort taux de croissance,notamment la Chine, font également partie des plus importants créanciers des Etats-Unis et de l’Europe.
Structurellement, le monde est à maints égards bien plus compliqué qu’il y a quelques décennies. Les politiciens,à court de moyens monétaires et fiscaux,  semblent être dépassés, les gouvernements de plus en plus affaiblis, ne peuvent même plus empêcher leur propre système financier de s’écrouler, d’où une sorte d’incapacité à trouver des solutions durables. Aux Etats-Unis, le gouvernement est divisé. Deux partis s’invectivent : un qui veut augmenter les impôts; un autre qui veut réduire les dépenses. Dans les pays périphériques de la zone Euro, des gouvernements en difficulté ont fini par provoquer la perte de l’accès au marché. Au Royaume-Uni, c’est une coalition fragile qui peut se fissurer incessamment. Au Japon, six Premiers ministres se sont succédés en cinq ans – c’est pire que l’Italie des années 1960 et 1970 en terme d’instabilité politique! Même en Allemagne, où la croissance est forte, Angela Merkel n’est pas populaire au sein de son propre parti, sans parler de son opposition. En Belgique, le pays est resté sans gouvernement pendant 540 jours, et les problèmes dits communautaires ne cachent plus une toile de fond à coloration économique.

De la contamination sur le plan politique

L’un des principes de base du système démocratique c’est que la volonté du peuple doit être le fondement de l’autorité du pouvoir public dans un Etat, volonté qui s’exprime par voie d’élections périodiquement organisées. La démocratie est donc le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple, elle se fonde sur les principes suivants : la liberté, l’égalité devant la loi, la règle de la majorité, l’existence d’une Constitution, la séparation des pouvoirs, le pluralisme politique, la consultation du peuple par voie électorale, l’indépendance de la justice. Cependant la démocratie ne reste pas étrangère aux impératifs négatifs ou positifs qui pèsent sur la société, et de ce fait la contaminent.

1.    Le système politique dans la plupart des pays occidentaux est basé sur les performances financières. La croissance économique a été souvent présentée comme la cause, l’effet, ou la conséquence du « développement » socio-politique et démocratique. La crise du financier est donc aussi sinon surtout un problème politique. C’est d’ailleurs pour cette raison que la capacité financière de réponse à la crise est absente. La période d’austérité proclamée par tous les Etats exerce de pressions sur les gouvernements. Ces pays sont aussi ceux qui vantent leur modèle démocratique ou plutôt son évolution. La plupart d’avancées de la vie de leurs peuples est basée sur la sur-production et la sur-consommation. Le pouvoir d’achat diminuant, la consommation se retrouve dans l’impasse. Le surplus de leur production devait être compensé par l’écoulement à vil prix dans les pays du Tiers-monde au prétexte même de la coopération en marge de l’aide bilatérales. Par conséquent les choix politiques, économiques, voire sociaux dans les pays du Tiers-monde ou en voie de développement sont conditionnés par la spéculation des marchés financiers et non par le spectre de la participation citoyenne.
2.    Du cycle électoral. Plusieurs observateurs estiment qu’il est temps de prendre des décisions radicales – austérité fiscale renforcée, réformes structurelles, ce qui implique que les gouvernements n’aient pas les yeux fixés sur le calendrier électoral. Et la situation actuelle ne le permet pas, avec une croissance anémique, un taux de chômage élevé et un désendettement douloureux. Les gouvernements n’ont pas l’assise nécessaire pour faire les choses correctement, ni sur le plan national, ni par le biais d’une coopération internationale. La Chine par exemple sait mieux que personne que les cycles électoraux courts en vigueur en Occident sont susceptibles d’empêcher la mise en place de politique de long terme, seules efficaces pour obtenir et maintenir un rythme de croissance soutenu. Les cycles électoraux sont devenus des terrains fragiles et glissants. Le degré d’incertitude et de volatilité des marchés sera extrêmement important durant tout le cycle électoral aux Etats-Unis. La majorité des Américains considère que l’économie de leur pays entre en plein marasme et que manifestement personne ne sait quoi faire pour l’empêcher. Aux Etats-Unis, ces derniers mois ont été marqués par la croyance, au sein des marchés, que l’accord sur le plafond de la dette ne serait rien d’autre, pour les démocrates et les républicains, qu’une feuille de route – ce n’est qu’après les élections présidentielles de 2012 que l’on s’attaquerait résolument aux déficits. Le cycle électoral n’est plus crédible quand il n’est soumis qu’à la pression des marchés. Ce n’est plus un cycle démocratique.
3.    La perte de la souveraineté. C’est déjà sensible à travers les plans d’austérité actuellement en cours plusieurs pays européens, dont certains signent un net abandon de souveraineté en matière fiscale. L’austérité n’est sans doute pas nécessaire sur le plan légal, mais les marchés l’exigent. L’Union européenne pourrait s’engager davantage en direction d’une plus grande union politique, économique et fiscale; mais les conditions posées par l’Allemagne pour accepter une union fiscale impliquent un abandon de souveraineté fiscale des pays périphériques. Il est vrai que ces Etats périphériques risquent de payer au prix fort la perte de souveraineté subséquente à une politique fiscale coordonnée, bien plus que la perte de souveraineté qu’impliquaient les conditions de stabilité nécessaire à la mise en place de l’euro. Dans la zone euro ou même dans l’Union européenne, on a obligé certains peuples à reconsidérer leur choix démocratique notamment en Irlande, au risque de passer et repasser aux urnes jusqu'à ce que le choix supposé démocratique corresponde aux vœux des tenants de l’économie du marché et de la géopolitique mondiale.
4.    Parlons mondialisation. Le Cardinal Monsengwo écrivait que « La globalisation comme financiarisation de l’économie au détriment des actifs productifs est principalement au service des puissants, qui détiennent des grands moyens financiers et informatiques ». Il n’y a pas de démocratie là où les choix des citoyens ne pèsent par rapport à une minorité (presque 1% de la population) fabriquée par la compétitivité, la fraude, la corruption et la ruse ont tout à dire, même s’i faut museler ou tuer.La politique économique chinoise, qui se fondait jusqu’ici sur un partenariat gagnant-gagnant au sein d’une structure économique interconnectée avec les Etats-Unis, tend à s’éroder. Les chinois disposent des structures économiques requises, d’un gouvernement apte à prendre de grandes décisions politiques  et économiques, et bien plus drastiques encore que celles que doivent actuellement prendre les pays européens, pourtant, ils ne sont pas enclins à les mettre en œuvre.
La démocratie à l’occidental est de plus en plus comparable à du catch américain qui en est la meilleure illustration au regard même de l’incidence de la globalisation du monde. Les règles et les lois ne sont pas claires. Elles existent peut-être mais on les interprète au cas par cas. C’est le plus fort qui est le meilleur et il doit le montrer avant de le prouver : force matérielle, technologique, électronique, physique, militaire, diplomatique. Même l’arbitre qui est théoriquement l’ONU peut être pris à partie et violement, voire honteusement cloué au tapis ; ce qui n’empêche pas la compétition de continuer.Et l’on peut apporter sur le ring diverses armes même les animaux sauvages.Avant, pendant et après le combat, c’est le jeu des hurlements, de monstration musculaire, d’intimidation et de tapages sur fond du fanatisme incongru qui prédomine par rapport à la technique et au savoir-faire. Le combat peut se poursuivre même dans les tribunes, les couloirs et les vestiaires. Des objets, des meubles, des accessoires de décoration voire des reptiles bizarres peuvent à tout moment faire leur apparition.

Réinventer la démocratie en Afrique. Cas du Congo

Il n’y a pas de modèle démocratique par excellence. C’est à tort que l’Occident a pensé, avec arrogance, que ses communautés doivent absolument exporter leur mode de pensée et de vivre. Ne fut-ce qu’à ce niveau, on ne peut parler démocratie. Chaque peuple devrait jouir de la possibilité de prendre en main sa destinée et de l’assumer, en vertu même du droit à l’autodétermination ;  le reste vaut ce que vaut l’échange d’’expériences. Pour ce qui est de l’Afrique, sans parler d’un retour au passé, il est cependant mieux indiqué qu’une herméneutique prudente sur le plan anthropologique et culturel puisse baliser une certaine rénovation du prisme de la conquête et de l’exercice du pouvoir démocratique à partir du substrat des sociétés traditionnelles, violées et violentées par le choc de la colonisation.
Point n’est besoin de définir la démocratie comme le pouvoir qui vient du peuple. Mais si l’origine du pouvoir a captivé les esprits pendant plus ou moins un siècle, et qu’elle n’en demeure pas moins importante aujourd’hui, c’est la finalité du pouvoir qui serait la meilleure canalisation de la conception du pouvoir. Le pouvoir est exercé pour le peuple, en vue de la félicitée du peuple et non seulement parce que le peuple en constitue l’origine. De ce point de vue, les sociétés africaines traditionnelles nous offrent le portrait du chef, qui n’était pas élu mais qui sans cesse devait voir son programme et sa vision de la société se renouveler afin de capitaliser le crédit de son peuple. Son Conseil, dont les membres n’étaient pas nécessairement choisis par lui-même, jouait alors un grand rôle. Le cycle électoral n’est donc pas le but de la démocratie, c’est juste un moyen.  Il faut remettre l’humain et la morale au sommet de l’appréciation démocratique.Nous situant à l’intérieur de la trame des sociétés africaines,on devra éviter de faire de la laïcité le substrat de la démocratie tel que le recommandent certains labels occidentaux. Tous les anthropologues, sociologues, philosophes et théologiens africains sont d’avis que là où se trouve l’africain, se trouve aussi sa religion. L’organisation et le fonctionnement des sociétés africaines intégrer le recours à l’absolu, à la lignée ancestrale ainsi qu’à l’imbrication des forces en diverses instances.
Enfin, la vérité n’étant pas nécessairement du côté de la majorité ou des savants, le consensus et à défaut la cooptation devrait intégrer la problématique argumentative et les modes de désignation, inspirés de la palabre et du non du catch.

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