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INTRODUCTION A LA RÉFLEXION SUR LES DEUX TRAITES DES NOIRS. RÉSISTER AUX DESCRIPTIONS ERRONÉES. POUR UNE HEURISTIQUE DE LA QUESTION. PDF Imprimer E-mail
Écrit par Pr. Grégoire Biyogo   
Lundi, 13 Août 2012 16:08

I.                  Trois manières de résister au silence et à l’indifférence au sujet de l’examen du problème de l’esclavage et des deux Traites des Noirs et à la nécessaire réparation qui s’y attache.

 

Réfléchir sous le signe de la résistance, c’est inviter à recommencer radicalement à réfléchir sur ces sujets anciens, vieux de plusieurs d’années, mais souvent présentés avec les défauts élémentaires de toute recherche encore hésitante, plus empirique que formelle, avalisant les simplifications les plus grotesques, les amalgames, les confusions, souvent calculées, plus encore pour une question aussi décisive que l’esclavage et les deux Traites des Noirs arabo-musulmane et transatlantique. C’est aussi inviter à reformuler les définitions, à redéfinir les principales questions qui commandent l’économie et la compréhension préliminaire du problème, car l’on peut ne pas obtenir les réponses d’une recherche faute de méthode, de documentation précise, d’historiographie critique, somme toute, de connaissances attestées. Au sujet de l’événement de l’esclavage et des deux Traites, il importe, aujourd’hui que les savants et érudits africains et kémites du monde entier choisissent de se pencher sur cette question avec exigence, loin des passions, en commençant par observer trois attitudes :

 

1. Résister à la prépondérance et à la naturalisation des contre-vérités sur le phénomène, en réfutant toute tendance au révisionnisme, au négativisme, à la falsification intentionnelle, aux réductionnismes, au manichéisme plat, et par-dessus tout, à l’absence de démonstration, de preuve, à l’affirmation indue, à la mauvaise foi. Autant de choses que Cheikh Anta Diop a rappelées et mises en œuvre dans son travail inaugural sur la vérité par la démonstration et l’argumentation attestées par la science. Il reste que, et le fait est troublant, Diop n’a pas produit d’ouvrages spécifique sur les Traites négrières, sans doute est-ce parce qu’il a pris le taureau par les cornes en pointant d’abord le problème de la rigueur de l’argumentation et de la méthode au sujet de l’Histoire et des institutions anciennes de l’Afrique. De ce point de vue, il a ouvert la voie à toutes les autres recherches futures, pour qu’elles se conforment à la rigueur, à la démonstration, au statut de la scientificité des énoncés.

C’est pourquoi les diopiens peuvent continuer son entreprise heuristique, en s’appuyant sur le travail qu’il a élaboré, et sur le souci méthodologique duquel dépend l’éclosion de la vérité. C’est donc ce que nous allons envisager ici, en nous arrêtant sur la cohérence de l’argumentation, et en questionnant des discours restés à peu près muet sur le sujet qui nous préoccupe : en priorité la philosophie, pour interroger avec méthode et gravité cette question.

Mais de quoi s’agit-il ? Qui instruit la question ? Qu’en attend-on, au terme de sa description exhaustive ? Les savants, philosophes, politologues et juristes africains et Noirs du continent et de la Diaspora s’en sont-ils réellement saisis en termes d’équipes scientifiques, de coordination des résultats, en finançant scrupuleusement les travaux ? Existe-il à ce jour un état exhaustif de la recherche sur cette question, produit par les Africains et par les descendants de l’Afrique eux-mêmes ? Avec un regard internaliste, bien que nécessairement critique, acquis à la neutralité axiologique des analyses et des descriptions ? Avec des banques de données exigeantes des analyses fiables, actualisées, recoupées, réévaluées ? Avec des colloques annuels ? Des débats relayés par le droit, la politique et l’économie ? Par exemple en posant avec pertinence le problème des dates, des chiffres, de la bibliographie, des méthodes, des éléments quantitatifs au sujet des réparations, indépendamment des fausses querelles de chiffres, des polémiques oiseuses dans un phénomène qui a nié le statut d’homme aux Noirs.

Il appert que nous sommes face à un immense chantier heuristique encore en gestation, lequel exige de mutualiser les moyens et les compétences des chercheurs et des Laboratoires pour produire un état de recherche exhaustif et actualisable. Il importe donc de circonscrire rigoureusement les recherches en garantissant le cadre méthodologique et la définition formelle des notions.

2. Résister ici, c’est le fait de reprendre soi-même – et par la suite seulement avec les Autres, en l’occurrence ceux qui ont fini par se convaincre que cette question-là, bien qu’elle soit ciblée, emporte le destin général de l’humanité

Résister, c’est dès lors reprendre la question dès le commencement, pour la retourner autrement, la soumettre à l’analyse économique, juridique et politique, pour l’éclairer dans ses divers enjeux et ses multiples significations, la libérer du faisceau de préjugés qui l’entourent encore, la confinent encore aujourd’hui à la polémique, au regain d’obscurantisme, de ressentiment, de division raciale, de haine, de mépris total de l’Autre, avec des versions falsifiées, approximatives, des regards idéologiques, qui prolongent le fonds philosophique désastreux qui a vu naître la question, comme si celle-ci ne relevait pas déjà de l’impensable, pour devoir encore la minimisée à l’extrême, et cela depuis des siècles, en en atermoyant les véritables interrogations, les véritables décisions, les véritables enjeux. Il s’agit donc de récupérer la question là où elle a été confisquée, là où elle a été chosifiée, relégué à l’insignifiance, mais aussi de la regarder froidement dans la cruauté de son avènement, de son organisation, de son long déroulement – on le sait désormais, il s’agit du plus long scandale de l’histoire humaine ( VII è siècle-XXè siècle pour la Traite arabo-musulmane ( 650/652-1920 ), et première moitié du XVè siècle et première moitié du XIXè siècle pour la Traite christiano-transatlantique (1450-1869).

Reprendre la question pour elle-même, en s’attardant sur l’économie générale de sa bestialité, sur la cruauté aveugle de la logique marchande qui la voit naître, la porte, l’habite et la circonscrit, avec son programme asservissant, hiérarchisant, fondateur du capitalisme, avec ses effets d’amplification, selon le prisme de l’extension du commerce odieux, son espèce de mise en forme de la mondialisation avant la lettre, sa volonté de se prolonger, de s’éterniser après la prescription des Abolitions (Pacte de Vienne) à moins que ce ne fût une stratégie de contre-résistance menée par les antiabolitionnistes, et leur grammaire des ruses d’Abolition sans cesse différées, atermoyées, la pratique étant toujours en violation des lois appelant à l’Abolition, ignorant impunément, superbement, le principe abolitionniste lui-même. L’abolition était alors ce qui n’advenait jamais de manière ferme. Nul ici n’était jamais assez abolitionniste.

3. Il y a une troisième façon de résister aux descriptions erronées sur les Traites négrières, autrement plus radicale, c’est en se débarrassant des illusions, des erreurs de jugement, par exemple en pensant que les Etats africains actuels ou l’UA dans une Afrique tétanisée par des Accords de coopération encore et toujours déséquilibrés, et financés par des puissances extérieures, pourraient se saisir de ce dossier et le faire aboutir… C’est pour cela que cette question est en otage dans les Etats africains postcoloniaux, qui sont les produits de la Colonie, et de la Traite.

Ou même le fait encore plus saugrenu de penser que ce sont les Etats européens, américains, ou arabes qui vont apporter des solutions à ces problèmes lors même que celles-ci les condamneraient à de lourdes réparations financières. Ou même le fait de ne pas se douter de l’importance de la Diaspora en Exil à qui il échoie pour une large part la Responsabilité historique de coordonner ces études, en recourant à ses chercheurs compétents, à ses syndicalistes et à ses combattants de la liberté. L’un des enjeux de cette forme de résistance est de lire et d’écrire avec précision, rigueur, et grande distance critique l’Histoire, la science et la philosophie.

II. Réfuter 25 idées fausses sur les deux Traites et sur l’esclavage des Noirs.

1. La confusion entre esclavage et Traite négrière est intenable (l’un étant un phénomène observable dans les sociétés humaines depuis 2600 en Mésopotamie, sans au demeurant qu’on puisse l’établir formellement pour l’Egypte antique) et l’autre, un système politique et économique planifié chosifiant l’homme, la femme et les enfants, souvent avec le dessein inavouable – et par endroits avouable - de faire disparaître un groupe, une « race ». L’esclavage est le fait du commerce local et circulaire, les Traites le fait d’un commerce acté et imputé de l’Extérieur, avec son économie de la déportation, un traitement visant le dépouillement et l’extermination de ceux pourtant fructifient sa machine… Les Traites désignent les persécutions les plus aveugles, les plus monstrueuses contre les Noirs. Mais ce ne sont jamais des opérations hasardeuses, contingentes, puisque rationalisées par les systèmes visant de gros intérêts économiques.

2. Le parallèle entre esclavage et Colonisations relève de l’amalgame. Ni par leur durée (5 siècles contre 13 siècles pour les deux Traites transatlantique et transsaharienne, tandis que la Colonisation a duré 1 siècle (18ème et 19 ème siècles), ni par leurs desseins distincts (les Traites surexploitent et vassalisent, relèguent l’être humain au rang de bête et de bien meuble (Codes Noirs français et espagnol) lorsque la Colonisation désapproprie et ravale l’homme à une bestialité sans droit ni terre).

3. Dire que les Traites négrières ont été le fait partagé des Arabes et des Africains d’une part, et celui des Européens, des Américains et des Africains eux-mêmes d’autre part, est une contrevérité inacceptable, un cas stupéfiant d’ignorance et de négationnisme véhiculé par les falsificateurs, les révisionnistes, et les médias des idéologues et des négrophobes les plus irrationnels (le phénomène a une origine historique, des protagonistes économiques (les Etats arabes et européens esclavagistes, et des Religions officielles (l’Islam et le Christianisme) et des propagandistes qui les ont pensées, programmées, validées, légitimées et qui en ont assuré le financement, avant d’en récolter infiniment la rente, ils ont défendu les idées désastreuses qui les sous-tendaient (gobinisme, la ruse de la « mission civilisatrice » et mensonges du projet de la perfectibilité de l’homme par le siècle des Lumières, de jure anti-esclavagiste et de facto esclavagiste, puis… une certaine d’hégélianisme primaire), cela suffit pour établir que la question de la Collaboration à la monstruosité par des Noirs eux-mêmes est ingénue et stupide. Plus encore lorsqu’elle est défendue par des Noirs ayant abandonné toute forme de raisonnement logique et vociférant à l’égard des anciens Maîtres des inepties répétitives et insensées.

Car même lorsqu’on voudrait établir coûte que coûte, contre les faits, cette présumée Collaboration - de façon marginale -, comme le font certains historiens révisionnistes, dans le fond, rien n’enlèvera jamais que cela est absurde ; je m’en explique en m’autorisant une comparaison avec les Juifs, à propos desquels il a été établi qu’il y a eu Collaboration avec l’ennemi nazi pour combattre et « exterminer » les Juifs en tant que groupe humain spécifique. Cette Collaboration attestée enlève-t-elle un tant soit peu que c’est le système criminel nazi qui a commandité le forfait monstrueux de l’extermination dans les camps concentrationnaires et les chambres à gaz ? On ne peut raisonnablement faire porter et partager la responsabilité d’une telle folie aux victimes, au prétexte que des cas marginaux, contraints et terrorisés par le système criminel lui-même, aient pris part à la trahison interne, parce que terrorisés par la Terreur. Il en est de même des Traites, qui incombent aux seuls Arabo-musulmans et aux seuls Christiano-euro-américains esclavagistes qui ont commandité l’odieux commerce qui, précisons-le devait se solder par l’extermination des Noirs, monstruosité dont on parle si peu.

4. L’idée que c’est la difficulté d’accès aux chiffres qui rend difficile l’examen du problème de l’esclavage et des Traites est fausse, car leur caractère infiniment bestial et inhumain doit au contraire rendre le travail des chiffres plus urgent, plus impérieux.

5. Dire que la Traite orientale (en direction de l’Afrique et du Moyen-Orient) a causé plus de pertes humaines que la Traite transatlantique est dangereux au moins pour deux raisons : D’abord la minimisation de la cruauté mécanique, industrielle et en cela même animale de la Traite des Noirs organisée et financée par l’Europe et l’Amérique. Ensuite, le jeu scandaleux qui fait injure à la souffrance subséquente des Noirs. C’est que : Traite occidentalo-chrétienne et Traite orientalo-musulmane ont fonctionné sur des modes identiques, et cela sur plusieurs points :

-mutilation sexuelle, exactions, viols, assassinats, déportation, criminalisation, avec un programme explicite de liquidation et d’extermination de ces parfaits anti-sujets nommés « esclaves ». Le vaste empire arabo-musulman comme le Nouveau Monde et l’Europe d’alors ont tous créé, financé et défendu des systèmes esclavagistes et favorables à l’extermination des Noirs : ils ont donc été exterminationnistes.

6. Il n’y a pas de troisième Traite qui serait inter-africaine, du fait du mal-traitement des Africains par certains de leurs compatriotes, mais deux Traites transatlantique et trans-sahalienne, incomparables en soi, et absolument incommensurables. Les ajuster à un phénomène autoritaire, au commerce des Castes, c’est faire insulte à la mémoire des victimes des Traites.

7. Les chiffres de 11 millions d’esclaves déportés par la Traite atlantique et acheminés dans les Amériques et les îles de l’Atlantique dont 9,6 millions y seraient arrivés est inexact, comme ceux qui stipulent que la Traite négrière occidentale a concerné 17 millions d’esclaves. Plus fausse encore est l’idée téméraire et controuvée d’une Traite interafricaine qui s’élèverait à 50% des esclaves… (Patrick Manning, historien américain)…

8. L’idée qu’il y a eu des Traites négrières qui se poursuivent encore aujourd’hui est fâcheuse, odieuse, qui procède de l’amalgame pour les mêmes raisons : elle vise à minimiser le caractère incommensurable et imprescriptible (on ne peut le comparer) des deux Traites négrières les plus odieuses de l’humanité, particulièrement criminelle et inhumaine.

9. L’idée qu’il y a une continuité entre Traite antique et esclavage moderne vise le même but : amalgame, confusion, refus du caractère choquant et barbare des bénéficiaires des Traites. Et de la souffrance des victimes

10. Le commerce des esclaves cache toujours autre chose. Lorsque les Portugais parviennent sur les côtes du Golfe de Guinée au XVè siècle, les échanges entre l’Europe et l’Afrique, sont de trois ordres : les Européens viennent chercher des esclaves, mais aussi de l’or et de l’Ivoire. Et cela durera jusqu’au moins en 1650… (Cf. La « Révolution sucrière » en dépend.)

11. L’idée que les Traites ont été un tant soit peu profitables à l’Afrique est une aberration et une ignorance à nul autre égal : ponction démographique monstrueuse (près de 100. 000 de départs par an, et ce, dès 1770), saignée des richesses, instabilité générale des institutions, sous-développement …commencés avec le XVI è siècle…

12. Autre aberration abyssale : le racisme ne serait pas à l’origine des Traites, il se serait développé ultérieurement. Or, on sait qu’un édit du pape d’alors a recommande de réduire en esclavage les Amérindiens, et de se tourner particulièrement vers les Noirs d’Afrique qui est daté de 1450. Il s’agit bien là d’un choix concernant le type racial noir donné pour sa force naturelle et bestiale supposée, qui est visé et d’un autre qui en est explicitement exonéré…

13. La Traite n’aurait pas été rentable : ceci est la sottise la plus misérable qu’il ait été donné d’entendre au titre des arguments révisionnistes, qui alimentent des contre-discours sur les Traites. L’enrichissement est intervenu sur deux plans : au plan des États esclavagistes (Angleterre, France, Norvège…) et des familles esclavagistes fructifiant l’odieux commerce. Les chiffres ici sont pour le moins controuvés et hasardeux (10 à 20%). Avec le réinvestissement dans le négoce, la pierre, la terre et l’industrie. Le système esclavagiste a été très rentable, et a enrichi les États organisateurs de l’odieux commerce. L’apogée de la Traite orientale se situe au XIXème siècle. L’apogée de la Traite atlantique au XVIII ème siècle.

14. L’idée que l’Abolition de l’esclavage procède de l’humanisme est une insulte à l’intelligence. L’Abolition s’explique économiquement. Le parti de la rentabilité du capitalisme industriel n’a pas exclu le fait de maintenir le système esclavagiste, mais l’a accru, qui a particulièrement profité à l’Angleterre qui, à elle seule, détenait 50 % du marché négrier. Si elle énonce la première l’abolition de l’esclavage en 1807, la pratique n’y a pas disparu, mais a perduré comme partout ailleurs.

15. L’idée même d’une volonté définitive d’abolir l’esclavage est à nuancer. L'Angleterre qui s’y autorise n’en deviendra pas moins la grande puissance maritime, remplaçant un système odieux par un système de contrôle, avec une flotte puissante prolongeant l’infamie.

16. Les reports intempestifs des Abolitions ne se justifient économiquement et financièrement que par la rentabilité croissante du système esclavagiste et du fait que l’abolition était coûteuse, et donc non rentable.

17. L’idée que l’Afrique aurait subi l’esclavage sans résistance est une abomination, laquelle a fait des dégâts, créé le mythe irrationnel de l’acceptation résignée de la situation d’esclaves par les Noirs.

18. L’idée que l’Occident s’est développé en dehors de la Traite et que son essor lui serait propre relève de l’aberration.

19. Même aberration au sujet de la Traite transsaharienne qui a explosé avec la production de la canne à sucre au Maroc (XVIème siècle), les grandes plantations de Zanzibar (XIXème siècle), alors donné comme le grand centre qui était le point de départ des assauts pour la capture des esclaves, comme la construction des irrigations en Irak…

20. La notion de « mémoire de l’esclavage » est équivoque, qui suppose des mémoires multiples, avec des lectures polémiques et controuvées de l’Histoire. Par exemple la polémique entre certains Antillais et Africains au sujet du prétendu commerce des premiers par les seconds… Or, un tel procès vise à protéger le vrai coupable, à le laver de son immense responsabilité, en confondant sciemment les initiateurs, défenseurs, financeurs, profiteurs du système esclavagistes (les Négriers) avec les victimes historiques (les Africains et l’Afrique)…

21. Le silence académique sur la Traite serait un fait isolé en Europe, notamment en France. Cette idée est plus qu’erronée. Le fait est que depuis les deux Codes Noirs espagnols et français (1685), l’historiographie intellectuelle européenne et française a rarement mis en cause le terreau raciste sur lequel repose le système universitaire et ses corpus les plus officiels, les plus autorisés, avec leur regard essentialiste, « racialiste », paternaliste et condescendant sur les « Noirs », les Africains, les Antillais… qui participent tous de la banalisation à l’extrême des dérives juridiques des Accords de coopération[1], du Code Noir, pensé pour la première fois sous l’angle de la philosophie politique par Sala-Molins[2], qui a eu le mérite d’entrouvrir l’examen de ces questions en France, on sait qu’il devait le payer lourdement…

Cette tradition remonte à très loin, elle prend une résonance désastreuse au XVIII ème siècle (où des philosophes sont en même temps esclavagistes et négriers et où les Montesquieu – de qui nous tenons une perle : le traitement des Noirs ne relèverait guère de la moralité, ils seraient taxés de paresse innée !- et Voltaire – partisan de la hiérarchisation raciale et de l’infériorisation des Noirs !), aux XIXè et XXème siècles, c’est le règne du préjugé monstrueux (Renan, Jules Ferry, Teilhard de Chardin, Albert Schweitzer, jusqu’aux négrophobes récents (Hélène Carrère d’Encausse, Philippe Curtin, Alain Finkielkraut, Olivier Pétré-Grenouilleau…), jusqu’au discours essentialiste et para-logique des hommes d’Etat, reproduisant des clichés avec les thèses les plus douteuses sur l’Afrique (De Gaulle, Chirac, donc le Discours de Dakar prononcé le 26 juillet 2007, par Nicolas Sarkozy, constitue le parfait summum irrationnel : qui disserte sur l’immobilisme de l’homme africain…).

Autant d’impostures, de mépris, de dérives idéologiques, de violences inattendues, de réductions au non-Etre auxquels résistent à juste titre les intellectuels, chercheurs et universitaires africains. Citons entre autres sur la question qui nous préoccupe Odile Tobner, J. Inikori, Walter Rodney, Louise Marie Diop-Maes, Tidiane N’diaye, Godfrey N. Uzoigwe, Pap Ndiaye, Ki Zerbo, Eboussi Boulaga, Théophile Obenga, Cheikh Anta Diop et l’auteur de ces lignes…

22. L’écriture de l’histoire de l’esclavage et de la Colonisation ne soupçonne pas son parti-pris idéologique flagrant en France et en Europe. Il s’agit d’abord du récit des vainqueurs et des conquérants. Et ceci n’est pas sa moindre faiblesse. On la rapporte à l’usage des Européens et des Africains vivant en Europe, sans signaler un traître mot de la version des Africains et des Noirs eux-mêmes (celle des vaincus).

23. Théoriciens de la Traite et confusion des genres. Prendre pour immérité ce qui a de la valeur et pour inédit ce qui est chargé de contradictions. Rosa Amelia Plumelle-Uribe, révélant des génocides blancs et non-aryens, occultés depuis 1492, sans s’apercevoir qu’elle participe d’une espèce de confusionnisme en mettant tout au même niveau de gravité et participant de la sorte, - mais consciemment – à la confusion calculée.

Puis, Pétré-Grenouilleau, lecteur aseptisant de la Traite, qui entend la débarrasser de poncifs, d’exagérations, pour leur substituer un usage jugé partial mais à la vérité plus que gênant, lequel traverse son œuvre... L’un lave de la sorte l’immoralité de la Traite et des Négriers, l’autre relativise, à son corps défendant, la singularité des deux Traites. Tous deux ne se préoccupent pas toujours d’étayer les assertions par des démonstrations rigoureuses. Mais c’est l’historien qui excelle dans le genre, assuré de la diffusion forcenée de ses travaux révisionnistes à travers des médias avides d’accommodement avec la déculpabilisation empressée…

24. L’idée d’une éventuelle exonération des Réparations dues aux Traites est indéfendable, absurde, démagogique, grossière et sans intelligence. Elle vise à créer des divisions et à faire diversion. Que ceux qui l’ont soutenue jusqu’ici dans les rangs des victimes s’avisent d’y renoncer et de ne plus continuer de manipuler la parole et la position des victimes. Car en droit, il n’y pas de qualification pénale et donc de « crime contre l’humanité », sans pénalisation financière du délit. Par ailleurs, personne ne doit prendre le risque perfide de parler à la place et au nom des millions de morts africains et Noirs de la Traite.

25. La non reconnaissance officielle du génocide arabo-musulman contre les Noirs est une situation inacceptable, le commerce négrier oriental est établi, il faut en tirer toutes les conséquences, car ce crime est juridiquement, politiquement, historiquement et moralement imprescriptible.

Le Bakht signé par la Nubie en 652 pour négocier la paix contre les Arabes sera suivi du trafic transsaharien, qui s’étendra du Nil jusqu’au Zambèze : chasse aux esclaves, vente des captifs, violences au-delà de l’horreur, castration, négrophobie, extermination : volonté d’anéantir les populations africaines noires, « génocide voilé »…

- Contre l’idée d’une Afrique anti-démocratique[3], inapte à poser le problème des réparations financières des Traites et des génocides, il convient de préciser que désormais, une instance est née : Le projet fédéral et panafricain, qui parle pour le continent en défendant le principe de la défense de ses intérêts, son Histoire, ses richesses, son environnement. Résister aux fausses descriptions de soi, c’est aussi résister à la destruction de la vérité.

 



[1] Biyogo (Grégoire), Déconstruire les Accords de coopération franco-africains, Paris, L'Harmattan, 2011.

[2] Sala-Molins (Louis), Le Code Noir ou le calvaire de Canaan, Paris, PUF, Coll. « Pratiques théoriques », 1987.

[3] N.B. La Charte du Mandé, texte du Fara Soundjata, daté du Moyen Age : premier texte faisant office de Constitution et revendiquant le régime démocratique dans l’Histoire humaine.

 

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